L’Afrique du Sud franchit une étape décisive dans la lutte contre le VIH. Le pays s’apprête à produire localement le Lenacapavir, un traitement préventif novateur qui pourrait révolutionner la prophylaxie sur le continent. Alors que les premières injections de ce médicament viennent de débuter au Kenya, Pretoria négocie une licence avec le laboratoire américain Gilead pour en assurer la fabrication sur son sol et garantir un approvisionnement à grande échelle pour sa population.
Ce traitement, administré par deux injections sous-cutanées par an, constitue une avancée majeure par rapport aux traitements PrEP oraux quotidiens, souvent difficiles à suivre sur la durée. En remplaçant une contrainte quotidienne par un geste semestriel, le Lenacapavir promet d’améliorer considérablement l’observance thérapeutique et, par conséquent, l’efficacité de la prévention contre le VIH. Son déploiement public en Afrique du Sud est désormais attendu dans les prochains mois.
La volonté de l’Afrique du Sud de ne pas se contenter d’importer ce médicament s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté sanitaire. Comme l’a souligné le président kényan William Ruto, une production sud-africaine permettrait au continent de réduire sa dépendance chronique aux importations. Pour le gouvernement de Pretoria, il s’agit de capitaliser sur son infrastructure pharmaceutique existante pour devenir un acteur clé de la santé publique africaine, brisant ainsi le cycle des approvisionnements coûteux et parfois erratiques en provenance des pays du Nord.
Concrètement, le processus est désormais enclenché. Après l’obtention de la licence auprès de Gilead, dont les discussions sont en cours, l’État sud-africain devra sélectionner un ou plusieurs laboratoires nationaux capables de maîtriser ce procédé complexe. Un appel à candidatures a été lancé pour évaluer les capacités techniques des industriels locaux. Le futur producteur agréé travaillera ensuite en étroite collaboration avec des instances comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Agence africaine des médicaments pour garantir la qualité et la conformité du produit.
Au-delà de la simple réduction des coûts, souvent mise en avant, l’enjeu est celui de la sécurité sanitaire du continent. Le docteur Delese Mimi Darco, directrice de l’Agence africaine des médicaments, insiste sur l’objectif fondamental de cette initiative : garantir un accès plus rapide et plus fiable pour les patients africains. Produire localement le Lenacapavir, c’est s’affranchir des aléas logistiques et diplomatiques qui freinent encore trop souvent l’accès aux traitements vitaux pour des millions de personnes sur le continent.



