Ce mardi à Pretoria, plusieurs centaines de manifestants du collectif « March and March » ont défilé devant la présidence sud-africaine pour réclamer une expulsion massive des étrangers en situation irrégulière. Le mouvement, né à Durban il y a un an, multiplie les actions d’intimidation ces dernières semaines, au point de provoquer une convocation du représentant sud-africain à Accra par le ministre ghanéen des Affaires étrangères. La pression monte sur le président Cyril Ramaphosa, pris entre une colère populaire grandissante et l’héritage diplomatique de la lutte anti-apartheid.
Les manifestants reprochent aux migrants principalement africains de peser sur un marché du travail déjà saturé et d’alimenter l’insécurité. Dans un document remis à la présidence, le collectif dénonce une concurrence déloyale pour les emplois précaires et réclame le démantèlement des filières d’immigration illégale. « March and March » avait déjà participé en 2025 au blocage de cliniques et d’hôpitaux à Durban pour empêcher des étrangers d’y accéder. Son influence reste pour l’heure concentrée sur la côte est, mais la multiplication des actions ces derniers jours inquiète les chancelleries africaines.
La tension n’est pas nouvelle. L’Afrique du Sud connaît des vagues récurrentes de violences xénophobes depuis les années 2000, souvent attisées par un taux de chômage officiel dépassant 32 % et des inégalités héritées de l’apartheid. La particularité actuelle tient à l’organisation collective et à la revendication assumée d’un contrôle populaire des quartiers. La veille de la marche, Ramaphosa a rappelé que de nombreux pays africains avaient soutenu les militants anti apartheid, une mise en garde à peine voilée contre la tentation du repli. Mais il a aussi qualifié les « préoccupations » des manifestants de « légitimes », signe d’un équilibriste politique sous pression électorale.
Dans l’immédiat, le gouvernement joue la corde sensible. Ramaphosa a promis un renforcement des contrôles migratoires, et le ministère de la police a prévenu qu’aucun groupe n’était autorisé à se faire justice lui même. Mais ces déclarations peinent à rassurer. À Durban, les patrouilles de civils contre les étrangers continuent. À Pretoria, « March and March » annonce déjà de nouvelles actions. Sans une baisse rapide du chômage ou une refonte profonde de la politique migratoire, le risque est que la rue continue de dicter sa loi et que l’image internationale de l’Afrique du Sud, porte d’entrée du continent, se dégrade durablement.
Ce que ne dit pas le discours officiel, c’est que ces violences servent aussi des intérêts politiques locaux. Dans la province du KwaZulu Natal, où est né « March and March », des responsables municipaux ont parfois fermé les yeux sur les blocages, y voyant un moyen de capter un électorat frustré. Et l’ancienne animatrice radio à l’origine du collectif n’a jamais caché son ambition d’en faire un levier d’influence. La xénophobie sud africaine n’est pas une simple explosion de colère spontanée. C’est aussi une ressource politique, utilisée quand les partis traditionnels, l’ANC en tête, ne proposent plus de solution crédible aux désillusions sociales.



