Le gouvernement sénégalais a lancé une vaste opération de nettoyage dans le secteur extractif, révoquant 71 permis miniers et gelant les comptes d’une filiale du géant singapourien Indorama. Le Premier ministre Ousmane Sonko a également remis en cause les termes du contrat liant Dakar au britannique BP pour l’exploitation du gigantesque projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), jugé trop déséquilibré en faveur de l’opérateur étranger. Ces décisions radicales matérialisent la promesse faite par son administration, arrivée au pouvoir en 2024, de soumettre l’ensemble des partenariats avec les multinationales à un audit sévère.
Concrètement, l’État réclame environ 380 millions d’euros à Industries Chimiques du Sénégal (ICS), contrôlé par Indorama, dont les comptes ont été gelés jusqu’à règlement de cette somme. Parallèlement, une revue gouvernementale a conclu que le contrat de partage de production pour le projet GTA, opéré par BP, était structurellement défavorable aux intérêts sénégalais. “Les contrats qui ont été signés sont des contrats inéquitables, que nous entendons discuter en détail”, a déclaré Ousmane Sonko dans une allocution télévisée, justifiant ainsi la demande de renégociation adressée au groupe londonien.
Cette offensive sans précédent s’inscrit dans un contexte économique national extrêmement tendu. Le Fonds monétaire international a récemment gelé son programme d’aide après la découverte, lors d’un audit gouvernemental, d’une sous-estimation massive de la dette publique, désormais estimée à 132% du PIB fin 2024. Pour faire face à cette situation, l’exécutif a annoncé la fermeture de 19 agences publiques, tandis que les tensions budgétaires alimentent des grèves chez les enseignants et des mouvements de contestation dans les universités, liés aux retards de bourses.
Au-delà du cas sénégalais, cette politique illustre la résurgence du nationalisme des ressources qui gagne l’ensemble du continent. Cette année encore, le Niger a révoqué les licences de trois sociétés minières pour non-conformité, tandis que le Ghana et la Zambie ont renforcé leur législation pour capter une plus grande part des revenus issus de l’exploitation du lithium et du cuivre. Cette tendance est alimentée par une pression fiscale interne croissante et une concurrence accrue entre firmes internationales pour l’accès aux minerais critiques nécessaires à la transition énergétique mondiale.
Si BP n’a pas encore réagi officiellement, le message envoyé aux investisseurs étrangers est clair : Dakar entend désormais dicter ses règles. Le gouvernement a également pointé des surfacturations moyennes de 15% sur certains projets d’infrastructure, renforçant son argumentaire en faveur d’une réforme en profondeur. Ousmane Sonko a promis de poursuivre ces audits durant tout son mandat, annonçant des bouleversements durables dans les secteurs de l’énergie, des mines et des infrastructures. Une posture de fermeté qui, si elle répond à une exigence de souveraineté économique, pourrait refroidir les ardeurs des investisseurs dans un pays jusqu’ici perçu comme un havre de stabilité contractuelle en Afrique de l’Ouest.



