Le candidat de La France insoumise (LFI), Bally Bagayoko, a été élu maire de Saint-Denis dès le premier tour des élections municipales, le 15 mars. Il a recueilli un peu plus de 50 % des suffrages, infligeant une défaite cinglante au maire socialiste sortant, Mathieu Hanotin, relégué à vingt points de retard. Ce scrutin marque un tournant politique dans la deuxième ville la plus peuplée d’Île-de-France.
La victoire de Bally Bagayoko, cadre à la RATP âgé de 52 ans, est avant tout celle d’un homme perçu comme l’incarnation de son territoire. Ancien adjoint à la Jeunesse et aux Sports et entraîneur de basket local, il a su capitaliser sur un enracinement de vingt-cinq ans dans la ville. Son profil, celui d’un « enfant de Saint-Denis » arrivé du Mali à l’âge de cinq ans, a trouvé un écho auprès d’un électorat en quête de proximité, contrastant avec le bilan du sortant. Ce dernier, pourtant mis en lumière par l’organisation des Jeux olympiques de 2024, n’a pas réussi à convertir cet héritage en capital politique.
Cette élection s’inscrit dans un contexte de défiance persistante envers la classe politique traditionnelle, particulièrement dans les villes populaires. L’abstention massive, qui a frôlé les 57 % à Saint-Denis, confirme un désintérêt profond. Mais le vote en faveur de Bally Bagayoko raconte une autre histoire : celle d’une volonté de représentation. Là où Mathieu Hanotin est critiqué pour son manque de contact et d’écoute, comme en témoignent plusieurs habitants sur le marché, le nouveau maire a bénéficié d’un capital sympathie bâti sur le terrain et les relations interpersonnelles.
Au-delà de la défaite du PS, l’avenir de Bally Bagayoko s’annonce semé d’embûches. Il devra répondre aux attentes immenses d’une ville confrontée à des défis sociaux et sécuritaires aigus, avec une majorité relative et une équipe municipale à structurer. La question de sa marge de manœuvre au sein d’une intercommunalité et face à l’État sera cruciale pour ne pas décevoir ceux qui ont vu en lui un « changement » immédiat.
L’onde de choc de cette victoire a dépassé les frontières de l’Hexagone. En Afrique de l’Ouest, et particulièrement au Mali, l’élection de Bally Bagayoko, originaire de Koulikoro, est saluée comme un symbole. Africa Presse le qualifie même d’« Obama français en devenir », soulignant le caractère historique de son accession à la tête d’une grande ville française pour un fils de l’immigration. Ce regard extérieur rappelle que ces élections locales sont aussi scrutées comme un baromètre de la diversité et de l’intégration dans la vie politique française.



