Le président ougandais Yoweri Museveni a promulgué une loi controversée sur la « protection de la souveraineté », malgré les alertes répétées de la Banque mondiale et de la banque centrale nationale. Le texte criminalise toute action jugée favorable aux intérêts étrangers contre ceux de l’Ouganda et menace de dix ans de prison les contrevenants.
La législation impose aux agents étrangers de s’enregistrer officiellement auprès du gouvernement. Elle interdit à toute personne ou organisation agissant pour le compte d’intérêts extérieurs de participer à l’élaboration ou à la mise en œuvre des politiques publiques sans autorisation préalable. Les sanctions incluent également de lourdes amendes. Ce texte aux termes flous ouvre la voie à une interprétation large, susceptible de toucher des activités humanitaires et de développement pourtant banales.
L’Ouganda dépend historiquement des financements extérieurs, de l’aide internationale et des investissements directs étrangers pour soutenir sa croissance, ses services publics et ses infrastructures. La Banque mondiale et le FMI y ont régulièrement financé des programmes structurants. En signant cette loi, Museveni prend le risque de braquer ses partenaires traditionnels, à un moment où Kampala a besoin de capitaux pour ses secteurs pétrolier, minier et industriel.
Le gouverneur de la banque centrale, Michael Atingi Ego, a qualifié le texte de potentiel « désastre économique ». Il redoute une chute des flux financiers, un effritement de la confiance des investisseurs et une pression accrue sur les réserves de change. Les analystes prévoient des répercussions sur la banque, les infrastructures, l’agriculture, l’exploitation minière et les ONG. À court terme, plusieurs bailleurs pourraient suspendre leurs financements ou réclamer des garanties juridiques impossibles à satisfaire.
Ce n’est pas la première fois que Kampala adopte une posture souverainiste face aux institutions financières internationales. En 2023, la Banque mondiale avait gelé de nouveaux prêts pour l’Ouganda après l’adoption d’une loi anti homosexuels jugée liberticide. Cette fois, le gouvernement joue un jeu dangereux : affirmer son indépendance tout en continuant à solliciter les capitaux étrangers. Mais le langage flou du texte et les peines criminelles qu’il prévoit rendent tout compromis fragile.
En voulant se protéger des ingérences étrangères, l’Ouganda pourrait bien se couper des ressources vitales à son développement. La loi risque d’asphyxier les secteurs les plus dépendants des partenariats internationaux, sans pour autant renforcer la souveraineté réelle du pays. À moins d’un revirement rapide ou d’une application très sélective, c’est tout le modèle économique ougandais fondé sur l’ouverture extérieure qui pourrait vaciller. Les prochains mois diront si Museveni assumera l’isolement ou reculera devant la pression des bailleurs.



