Lundi à Genève, devant l’Assemblée mondiale de la santé, le président ghanéen John Dramani Mahama a tiré la sonnette d’alarme. Face à une chute de 40% de l’aide humanitaire internationale et au retrait massif des bailleurs occidentaux, il a appelé les 194 États membres à abandonner définitivement le modèle de la dépendance pour bâtir des systèmes de santé souverains. Son message est sans appel : l’ère de la charité est révolue.
Le dirigeant ghanéen a illustré son propos par des chiffres concrets. Son pays a perdu 78 millions de dollars américains de financements, principalement destinés à la lutte contre le paludisme, la santé maternelle et infantile, ou encore le VIH Sida. En Afrique du Sud, a t il ajouté, le retrait du programme PEPFAR a déjà entraîné la fermeture de cliniques et menace directement 1,4 million de patients sous traitement. Loin de se limiter à un constat amer, Mahama a présenté l’Accra Reset, une initiative continentale lancée en août 2025, comme la réponse structurelle à l’effondrement annoncé de l’aide traditionnelle.
Ce réquisitoire s’inscrit dans une dégradation accélérée du financement mondial de la santé. Depuis deux ans, plusieurs grandes économies occidentales ont drastiquement réduit leur aide publique au développement, tandis que les programmes américains ont été brutalement interrompus. Pour de nombreux pays africains, qui comptaient encore sur ces appuis pour leurs campagnes de vaccination ou leurs chaînes d’approvisionnement en médicaments essentiels, le choc est brutal. L’OMS elle même, malgré les alertes répétées de son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus, peine à combler ce vide. C’est dans cette brèche que Mahama veut imposer une nouvelle doctrine : la souveraineté sanitaire comme impératif politique, et non plus comme simple aspiration.
L’Accra Reset repose sur trois piliers opérationnels. Un Panel indépendant de haut niveau sur la réforme de l’architecture sanitaire mondiale. Un Observatoire chargé de coordonner les stratégies de l’OMS, du GAVI et du Fonds mondial. Et surtout un mécanisme baptisé HING, le Health Investment National Gateway, destiné à transformer la volonté politique en investissements tangibles dans la fabrication locale de produits de santé et la bio innovation. Mahama a adressé trois demandes à l’Assemblée : ne pas plafonner l’ambition des réformes, privilégier l’exécution sur les déclarations, et mesurer le succès à l’aune de la clinique, non de la conférence. Le Ghana, lui, s’est fixé pour objectif de sortir du financement GAVI pour les vaccins d’ici 2030.
Sur le plan domestique, Accra ne vient pas les mains vides. Le président a présenté des réformes engagées comme preuve de la faisabilité de son discours. La couverture de l’assurance maladie nationale a été portée à 66%, un programme de soins primaires gratuits a été lancé, 300 millions de dollars supplémentaires ont été injectés dans le système par la levée du plafond du fonds d’assurance maladie. Surtout, la création du Ghana Medical Trust Fund, surnommé « Mahama Cares », permet désormais la prise en charge des maladies non transmissibles, trop longtemps négligées par l’aide internationale. En accueillant favorablement cette intervention, Tedros Adhanom Ghebreyesus a résumé l’enjeu : « Les échos d’Accra résonnent désormais à Genève et dans le monde entier. » Reste à savoir si ces échos se traduiront par des actes, avant que les cliniques ne se vident définitivement.



