À l’occasion de la fête de l’Aïd el-Fitr, le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a livré un discours sans détour, mêlant appel à l’unité religieuse, mise en garde contre la corruption et réaffirmation de la détermination sécuritaire. Devant les oulémas, il a salué la création du Conseil national des affaires islamiques, qu’il présente comme un rempart contre les divisions confessionnelles. Mais c’est surtout par son ton ferme contre les dérives internes qu’il a marqué les esprits, en promettant de traduire en justice les auteurs de détournements de fonds publics.
Le chef de l’État a utilisé cette tribune religieuse pour dénoncer avec une rare vigueur la prédation des deniers publics, qualifiant ces actes de « vol de l’avenir du peuple ». Il a prévenu que ces pratiques ne resteraient pas impunies, tout en prenant soin de distinguer la répression légitime d’une éventuelle « chasse aux sorcières ». Ce double message traduit une volonté d’affirmer l’autorité de l’État sans céder à l’arbitraire, dans un contexte où la transparence dans la gestion publique reste un défi structurel.
Ce discours intervient à un moment charnière pour le Tchad, trois ans après l’arrivée au pouvoir de Mahamat Déby Itno dans des circonstances exceptionnelles. Le pays, engagé dans une transition politique prolongée, peine encore à instaurer une gouvernance stable face à une opposition fragmentée et à des tensions internes récurrentes. Par ailleurs, l’appel à l’unité religieuse survient alors que les autorités tentent de réorganiser le champ islamique, longtemps marqué par des concurrences d’influence entre différentes confréries et courants.
En mettant en avant le Conseil national des affaires islamiques comme instance de ralliement, le président tchadien semble vouloir institutionnaliser le dialogue avec les leaders religieux pour en faire des acteurs de stabilité. Reste à savoir si cette structuration du champ islamique sera perçue comme un levier de cohésion ou comme une mainmise politique. Sur le volet sécuritaire, les références aux incursions de Boko Haram et à l’attaque meurtrière de Tiné Djagaraba rappellent que la menace jihadiste reste vive, particulièrement dans la zone du lac Tchad et dans le nord du pays.
Le président n’a pas éludé la persistance du terrorisme, en dépit des efforts militaires déployés ces dernières années. En appelant les oulémas à intensifier leur travail de sensibilisation contre la radicalisation, il reconnaît implicitement les limites d’une approche uniquement sécuritaire. Cette implication des autorités religieuses dans la prévention de l’extrémisme violent s’inscrit dans une stratégie plus large visant à endiguer la propagande des groupes armés.
L’hommage rendu aux forces de défense et de sécurité, doublé d’un appel à l’intégrité citoyenne, dessine en creux les attentes d’un régime confronté à des défis multidimensionnels. Si le discours de l’Aïd a souvent valeur de rituel consensuel, cette intervention se distingue par son ambition de fixer des repères clairs : unité religieuse sous contrôle institutionnel, tolérance zéro contre la corruption, et vigilance collective face aux menaces. Une ligne de conduite qui, pour être crédible, devra désormais se mesurer à l’aune des actes.



