Le Burkina Faso a ouvert mercredi à Ouagadougou la première édition de son Forum national sur le financement de la santé. Placé sous le signe de la souveraineté sanitaire, cet événement marque la volonté des autorités de rompre avec un modèle où le poids des soins repose encore trop lourdement sur les épaules des populations. Le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a qualifié cette rencontre de « moment de vérité », fixant d’emblée le ton d’une ambition affichée de réforme structurelle.
Plus d’un tiers des dépenses de santé est aujourd’hui supporté directement par les ménages burkinabè. Face à cette réalité que le chef du gouvernement n’a pas cherché à édulcorer, l’État entend inverser la tendance en misant sur la mobilisation des ressources internes, la production locale de médicaments et l’adaptation de la formation du personnel. Le ministre de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, a martelé un principe : la santé n’est pas une dépense, mais une puissance. L’objectif est de passer d’une logique de subvention contrainte à une logique d’investissement stratégique.
Ce forum intervient dans un contexte de pression sécuritaire et politique qui a durablement fragilisé les finances publiques du pays. Depuis l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir, la junte a fait de la souveraineté nationale un mantra, décliné dans tous les secteurs stratégiques. Le domaine sanitaire, longtemps dépendant de l’aide internationale et des partenaires techniques, n’échappe pas à cette volonté de recentrage. L’initiative présidentielle « 1000 x 5 », saluée par le Premier ministre pour ses avancées en matière de ressources humaines, illustre cette tentative de prise de main à travers des programmes à forte emprise exécutive.
Les travaux de trois jours, qui réunissent près de 400 participants, doivent déboucher sur des mécanismes opérationnels pour réduire la part des paiements directs par les patients et accélérer la mise en place de l’assurance maladie universelle. Le ministre de la Santé, Robert Kargougou, a structuré les discussions autour de trois axes : la souveraineté et l’alignement des partenaires, l’efficacité des ressources, et la protection des populations via la gratuité des soins. Reste à savoir si les annonces se traduiront par une réallocation budgétaire significative, alors que l’effort de l’État stagne actuellement autour de 12 % de ses dépenses.
La présence de délégations venues d’autres pays africains et de partenaires techniques montre que cette quête de souveraineté ne se traduit pas par un repli sur soi. Le parrain du forum, le ministre des Finances, a insisté sur la nécessité de mécanismes innovants et d’une gestion plus rigoureuse, un message adressé autant aux bailleurs qu’aux administrations locales. Dans un pays où les crises sécuritaires ont entraîné des déplacements massifs de populations, la pression sur les infrastructures sanitaires est devenue chronique. La question du financement n’est donc pas seulement technique, elle est devenue un test de crédibilité politique pour des autorités qui ont fait de la protection sociale l’un de leurs arguments centraux.
Derrière le discours volontariste, les marges de manœuvre budgétaire du Burkina Faso restent étroites. La réussite de ce forum dépendra de sa capacité à transformer ces axes stratégiques en engagements chiffrés et en calendriers contraignants. Si l’intention affichée est claire, celle de bâtir un système plus équitable fondé sur les ressources nationales, l’épreuve des faits, elle, ne fait que commencer.



