L’Algérie a perdu l’un de ses anciens chefs d’État. L’ancien président Liamine Zeroual est décédé dans la nuit du 28 au 29 mars 2026 à Alger, à l’âge de 84 ans, après une longue maladie. La présidence a annoncé un deuil national de trois jours pour cet ancien militaire devenu dirigeant du pays entre 1995 et 1999, à une période parmi les plus violentes de l’histoire contemporaine algérienne.
Né en 1941 à Batna, Liamine Zeroual s’engage très tôt dans la lutte pour l’indépendance. Après 1962, il poursuit une carrière militaire structurée par des formations en Union soviétique, en Égypte et en France. Il gravit les échelons jusqu’au grade de général et occupe brièvement le poste de commandant des forces terrestres en 1989, avant de quitter ses fonctions à la suite de désaccords avec la hiérarchie militaire. Il revient au premier plan en 1993 comme ministre de la Défense, au moment où le pays bascule dans une spirale de violence.
Liamine Zeroual accède à la présidence en 1995, lors de la première élection pluraliste en pleine guerre civile. Cette période, connue sous le nom de « décennie noire », oppose l’armée à des groupes islamistes armés, notamment le Front islamique du salut dissous. Le conflit fera des dizaines de milliers de morts, voire davantage selon certaines estimations. Zeroual tente d’ouvrir un dialogue avec certains groupes islamistes, une stratégie qui divise profondément les cercles du pouvoir et de l’armée.
Épuisé par la gestion d’un conflit qui s’enlise, Liamine Zeroual annonce sa démission en 1998 et convoque une élection présidentielle anticipée. Celle-ci est remportée par Abdelaziz Bouteflika en 1999. Contrairement à d’autres figures du régime, Zeroual choisit de se retirer durablement de la vie politique, cultivant une image d’homme d’État discret, relativement préservé des controverses qui marqueront ses successeurs.
Malgré les violences qui ont marqué son mandat, Liamine Zeroual est resté populaire auprès d’une partie de la population. Son image d’intégrité personnelle et son refus de s’accrocher au pouvoir ont contribué à cette perception. Mais son bilan reste indissociable d’une période où l’État algérien a été accusé, par des ONG et certains observateurs, d’exactions et de zones d’ombre dans la gestion du conflit.
La disparition de Liamine Zeroual ravive une question toujours sensible en Algérie : celle de la responsabilité politique durant la guerre civile. Son passage au pouvoir incarne à la fois une tentative de sortie de crise et les limites d’un système dominé par l’institution militaire. Plus de deux décennies après son départ, les blessures de la décennie noire restent ouvertes, et le rôle exact des différents acteurs continue de faire l’objet de débats, rarement tranchés.



