L’Iran affirme avoir établi un contrôle permanent sur le détroit d’Ormuz, voie stratégique par laquelle transite près d’un tiers du pétrole maritime mondial. Cette déclaration, sans équivoque, émane du président de la commission parlementaire iranienne pour la sécurité nationale, Ebrahim Azizi, qui met en garde les États-Unis contre toute lecture « locale ou temporaire » de la mainmise iranienne sur ce passage névralgique.
Dans un entretien accordé à l’agence russe Sputnik, Azizi a exigé que Washington cesse de violer ses engagements internationaux si des négociations sérieuses doivent aboutir. Il a également sommé les pays de la région d’accepter cette réalité et de se conformer aux « règles établies par l’Iran », sans aucune ouverture à un compromis. Ce faisant, Téhéran officialise une posture que ses forces navales et les Gardiens de la révolution mettent en œuvre par des patrouilles, des inspections et des menaces récurrentes contre la navigation.
Ce contrôle affirmé s’inscrit dans une escalade de longue date. Depuis l’abandon de l’accord nucléaire par Donald Trump en 2018 et le rétablissement de sanctions étouffantes, l’Iran a multiplié les actions de harcèlement naval dans le détroit, saisissant des pétroliers et défiant la Ve flotte américaine stationnée à Bahreïn. La guerre à Gaza et les tensions régionales ont renforcé la stratégie iranienne : faire d’Ormuz un levier de dissuasion et une monnaie d’échange dans les négociations sur son programme nucléaire. Sur ce dernier point, Azizi a précisé que Téhéran n’a « aucune intention » de transférer son uranium enrichi à des pays tiers ou à des intermédiaires, fermant la porte à une solution de compromis prônée par les Européens.
Les conséquences pourraient être immédiates et lourdes. Un contrôle permanent, s’il se traduit par des interdictions sélectives de passage ou des taxes de facto, provoquerait une flambée des prix du brut et des assurances maritimes. Washington, malgré ses moyens militaires écrasants, semble pris entre deux impasses : réagir militairement au risque d’un embrasement régional, ou négocier depuis une position affaiblie. Les monarchies du Golfe, dépendantes de cette route, vont devoir arbitrer entre leur alliance américaine et la nécessité de composer avec un Iran de plus en plus intraitable à leurs portes.
Un analyste régional basé à Dubaï, sous couvert d’anonymat, résume le basculement : « L’Iran ne menace plus de fermer le détroit, il dit qu’il l’administre. La différence est fondamentale. Ce n’est plus une menace tactique, c’est une prise de souveraineté unilatérale sur une eau internationale. » De fait, aucune puissance extérieure ne reconnaît cette prétention. Mais la réalité du rapport de force local, combinée à l’épuisement américain au Moyen Orient, rend la position iranienne plus difficile à contredire sur le terrain. Les pétroliers continuent de passer, mais sous surveillance, et sous la menace implicite d’une interception si les lignes rouges posées par Téhéran sont franchies.
Le message adressé à Sputnik n’est pas anodin. Choisir une agence russe, alliée stratégique de l’Iran depuis le début de la guerre en Ukraine, montre que Téhéran assume une confrontation frontale avec l’ordre maritime dominé par les Américains. Moscou, qui utilise déjà ses propres menaces en mer Noire, ne désapprouvera pas cette méthode. En somme, l’Iran ne cherche plus à convaincre, mais à imposer un fait accompli. Aux États-Unis et à leurs alliés de décider s’ils veulent tester cette « administration » par la force, ou s’y résigner. Le silence prudent des chancelleries occidentales, trois jours après ces déclarations, laisse craindre la seconde option.



