Donald Trump a ouvertement envisagé un retrait des États-Unis de l’Otan, une perspective qu’il ne qualifie plus de simple « reconsidération » mais de rupture en préparation. Dans un entretien au Daily Telegraph, le président américain a affirmé que l’Alliance atlantique n’est qu’un « tigre de papier », une critique qu’il assortit d’attaques sans précédent contre des alliés historiques comme le Royaume-Uni, accusés de ne pas avoir soutenu Washington dans sa guerre contre l’Iran.
Interrogé sur l’avenir de l’appartenance américaine à l’Otan après le conflit iranien, M. Trump a répondu sans ambages : « Oh oui, je dirais que c’est plus que reconsidérer. » Il a reproché au Premier ministre britannique Keir Starmer un manque d’engagement, allant jusqu’à dénigrer l’état de la Royal Navy, jugée obsolète. Ces déclarations, d’une violence verbale rare entre alliés, font écho à celles de son secrétaire d’État, Marco Rubio, qui avait appelé quelques jours plus tôt à un « réexamen » complet de la pertinence de l’Otan pour les intérêts américains.
La colère de l’exécutif américain trouve sa source dans le refus de plusieurs pays membres, dont la France, l’Espagne et l’Italie, d’autoriser le survol de leur territoire ou l’usage de bases américaines pour acheminer du matériel militaire à Israël dans le cadre de la guerre contre l’Iran, déclenchée le 28 février. Pour Washington, ces refus constituent une entrave à sa liberté d’action et une violation de l’esprit de l’alliance. Cette crise ouverte intervient alors que Donald Trump a longtemps fustigé ce qu’il percevait comme un fardeau financier injuste pour les États-Unis, résumant désormais sa vision : « L’Otan est une voie à sens unique. »
À court terme, la décision finale reviendra au président Trump, comme l’a rappelé Marco Rubio, mais les positions affichées laissent présager un bras de fer majeur lors du prochain sommet de l’Alliance. Une sortie des États-Unis, pilier central de l’organisation depuis sa création, priverait l’Otan de son principal arsenal militaire, de son commandement stratégique et de sa capacité de projection. Pour les capitales européennes, le scénario redouté n’est plus celui d’un simple désengagement, mais d’un abandon pur et simple, rendant caduc le principe de défense collective inscrit à l’article 5.
Le discours de Donald Trump s’inscrit dans une logique transactionnelle où la solidarité alliée est conditionnée à une allégeance immédiate à la politique étrangère américaine. En qualifiant publiquement ses partenaires de « lâches » et en humiliant la Royal Navy, il enfreint délibérément les codes diplomatiques qui préservaient jusqu’ici l’unité de l’Alliance. Du côté britannique, Keir Starmer a tenté de sauver les apparences en rappelant l’efficacité historique de l’Otan, mais sa réponse, mesurée, ne masque pas l’embarras d’un allié principal pris pour cible.
L’alignement parfait entre le président et son secrétaire d’État, dont M. Trump s’est dit « ravi », signale que cette poussée de fièvre n’est pas un accident de parcours, mais une stratégie assumée visant à remodeler les alliances américaines sur un modèle strictement utilitaire. Pour les observateurs, cette crise ouvre une période d’incertitude radicale pour l’architecture de sécurité européenne. En menaçant de se retirer de l’Otan tout en poursuivant une guerre au Moyen-Orient sans coordination avec ses partenaires traditionnels, Washington acte un tournant : celui d’un allié devenu potentiellement adversaire des intérêts collectifs de ses propres alliés.



