Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football (CAF), a fermement rejeté jeudi au Maroc les accusations de corruption formulées par le gouvernement sénégalais. Ces dernières font suite à la décision controversée de la CAF d’attribuer sur tapis vert le titre de champion d’Afrique au Maroc, au détriment du Sénégal, le 17 mars dernier.
Lors d’une conférence de presse tenue au Complexe Mohammed VI de football à Salé, Motsepe a qualifié ces allégations de « fausses et sans fondement ». Il a affirmé que la CAF n’avait rien à cacher et a encouragé d’éventuelles actions en justice. « Si quelqu’un veut engager une procédure en alléguant une corruption à la CAF, non seulement je l’accueille favorablement, mais je l’encourage », a déclaré le président sud africain, entouré du patron de la Fédération royale marocaine Faouzi Lekjaa et du secrétaire général par intérim de la CAF.
La décision contestée remonte au 17 mars, lorsque le jury d’appel de la CAF a déclaré l’équipe du Sénégal forfait lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations, entérinant une victoire 3 0 du Maroc sur tapis vert. Dès le lendemain, Dakar a réclamé une enquête internationale pour « soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ». Le Sénégal a également déposé un recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne, procédure que Motsepe dit respecter et appliquer quoi qu’il advienne.
L’issue de l’affaire repose désormais entre les mains du TAS, dont la décision sera, selon Motsepe, « respectée et appliquée ». Mais au delà du verdict sportif, c’est la crédibilité même de la CAF qui est en jeu. Si le tribunal donnait raison au Sénégal, les conséquences seraient majeures : remise en cause du titre marocain, possible révision du processus disciplinaire et pression accrue sur les dirigeants africains du football. Dans le cas contraire, Dakar pourrait durcir sa position et élargir le spectre de ses accusations.
Face à l’escalade verbale, Motsepe a tenté de jouer les médiateurs. Il a appelé à l’apaisement et à la coopération entre les nations africaines, affirmant son « profond respect » pour le Sénégal comme pour le Maroc. Une déclaration de principe qui peine toutefois à masquer les tensions politiques sous jacentes. Derrière le football, ce sont deux puissances continentales, aux relations diplomatiques parfois orageuses, qui s’affrontent par fédérations interposées.
Interrogé sur le sort de 18 supporters sénégalais condamnés en première instance à des peines allant de trois mois à un an de prison pour « hooliganisme » lors des incidents ayant émaillé la finale, Motsepe a choisi la prudence. Il a dit respecter « la souveraineté judiciaire » du Maroc, sans condamner ni minimiser les faits. Une position qui ne manquera pas d’alimenter les critiques au Sénégal, où l’on dénonce une justice expéditive et une instrumentalisation politique du contentieux.



