Le Maroc a pris, jeudi 9 avril à Rabat, la présidence de l’Association des Sénats d’Afrique (ASA). Mohamed Ould Errachid, président de la Chambre des conseillers, a été élu à cette fonction à l’issue d’une conférence de deux jours réunissant les présidents et représentants des chambres hautes de plusieurs parlements africains. Une annonce formalisée par un communiqué final qui marque un tournant dans l’organisation encore jeune de cette instance panafricaine.
L’élection s’est accompagnée d’une série de réformes statutaires adoptées par consensus. Les délégations ont notamment approuvé l’élargissement de l’Association à d’autres chambres hautes d’États africains membres de l’ONU, avec un statut de membre à part entière ou d’observateur. Elles ont également fixé à deux ans le mandat du président, créé un titre de présidente honoraire pour la première femme ayant occupé cette fonction, et confié le poste de secrétaire général au secrétaire général de la chambre haute du pays hôte de l’Association. La tenue d’une réunion annuelle dans le pays de la présidence tournante et d’une conférence des présidents tous les deux ans complète la nouvelle architecture. Ces mesures entrent en vigueur immédiatement.
L’Association des Sénats d’Afrique est une structure récente. Elle est née d’un séminaire organisé par le Sénat ivoirien les 10 et 11 octobre 2024 à Yamoussoukro. Sa première présidence avait été confiée à Kandia Kamissoko Camara, présidente du Sénat de Côte d’Ivoire. En moins de six mois, l’instance a donc déjà connu une transition de pouvoir, signe à la fois de sa volonté d’institutionnalisation rapide et des ambitions géopolitiques que son pilotage suscite sur le continent. Rabat, qui dispose d’une expérience ancienne en matière de diplomatie parlementaire africaine, profite ici d’un levier supplémentaire pour renforcer son influence.
La prochaine réunion annuelle est déjà programmée pour 2027, à Rabat. Ce délai de deux ans, conforme au nouveau mandat de la présidence, laisse aux États membres le temps de stabiliser les règles de gouvernance interne et d’intégrer d’éventuels nouveaux membres. Reste une question ouverte : celle de la représentativité réelle de l’Association. Toutes les chambres hautes africaines n’adhèrent pas encore à l’ASA, et certaines législatures bicamérales du continent, comme en Afrique du Sud ou au Nigeria, observent encore l’évolution de cette initiative. La capacité du Maroc à élargir le cercle sera un test décisif pour la crédibilité de l’instance.
La conférence de Rabat s’est tenue sous le thème « La contribution des chambres hautes des Parlements à la consolidation de la démocratie et à la préservation de la paix en Afrique ». Un sujet ambitieux pour une association qui, dans les faits, reste à construire. Les sénats et conseillers africains souffrent souvent d’un manque de visibilité et de moyens face aux assemblées nationales. En prenant la tête de l’ASA, Mohamed Ould Errachid hérite d’un chantier plus politique qu’administratif : transformer une déclaration d’intention en outil de coopération interparlementaire efficace. La première présidence ivoirienne avait posé les fondations. La seconde, marocaine, devra prouver que l’Association peut peser au-delà des sommets protocolaires.



