Le Congo Brazzaville a annoncé la suppression des visas pour tous les voyageurs africains à compter du 1er janvier 2027. Une décision saluée par les partisans de l’intégration continentale, mais dont le calendrier interroge : pourquoi attendre près de deux ans pour lever une barrière que d’autres ont déjà abolie sans délai ?
Le président Denis Sassou Nguesso a officialisé cette mesure le 25 mai dernier, lors des célébrations de la Journée de l’Afrique. Selon ses déclarations, l’objectif est clair : renforcer l’unité africaine, stimuler le commerce intracontinental et accélérer la coopération économique. Pourtant, à ce jour, aucun décret ni feuille de route opérationnelle n’a été publié. Sans mécanisme clair d’application, cette annonce ressemble davantage à une déclaration d’intention qu’à une réforme engageante.
Le Congo s’inscrit ainsi dans une dynamique portée par une poignée de pays comme le Rwanda, le Bénin, les Seychelles, la Gambie, le Ghana et le Togo, qui ont déjà supprimé ou fortement allégé les restrictions de déplacement pour les passeports africains. Ce mouvement s’accélère sous l’impulsion de la Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf), qui vise à fluidifier la circulation des biens, des services, des capitaux… et des personnes. Or, selon la Banque africaine de développement, les Africains subissent encore parmi les barrières intra‑régionales les plus élevées au monde, un frein majeur à l’émergence d’un véritable marché unique.
La mise en œuvre effective en 2027 reste incertaine. D’ici là, d’autres États pourraient passer avant le Congo, modifiant le rapport de force économique régional. Le pays risque de perdre une occasion précieuse de capter investissements et touristes dès les prochains mois. Par ailleurs, l’absence de coordination avec les autres États d’Afrique centrale, où la libre circulation reste très limitée, réduira l’impact pratique de la mesure. Si Brazzaville veut vraiment devenir une plaque tournante des affaires et de la mobilité, l’annonce ne suffit pas : il lui faudra des actes, et vite.
Il est utile de comparer cette annonce avec la situation burundaise, évoquée récemment à tort comme un modèle. Contrairement aux rumeurs, Bujumbura n’a pas instauré un régime sans visa pour tous les Africains. Ses assouplissements concernent essentiellement les ressortissants de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC). Pour les autres, le visa à l’arrivée ou le visa classique reste la norme. Cet exemple montre à quel point la prudence est de mise face aux déclarations politiques : les annonces solennelles précèdent souvent des réalités administratives bien plus complexes.
Dans son discours, Sassou Nguesso a appelé les pays africains à dépasser « l’étroit nationalisme » et à investir massivement dans les infrastructures de transport et l’énergie. Un discours louable, mais qui masque mal la concurrence féroce entre États pour attirer les capitaux et devenir des hubs régionaux. Le Congo, riche en pétrole mais économiquement fragile, joue une partie délicate. En attendant 2027, ses voisins comme le Rwanda ou le Bénin continueront de capter les voyageurs et les entrepreneurs que Brazzaville espère séduire… un jour.



