Le Mali a annoncé, vendredi 10 avril à Bamako, le retrait immédiat de sa reconnaissance de la prétendue « République arabe sahraouie démocratique » (Rasd). Cette décision, rendue publique par le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop à l’issue d’une rencontre avec son homologue marocain Nasser Bourita, s’accompagne d’un soutien explicite au plan d’autonomie proposé par Rabat. Le royaume chérifien considère ce texte comme la seule issue crédible au différend du Sahara occidental.
Les autorités maliennes justifient ce revirement par une « analyse approfondie » du dossier saharien, qu’elles jugent désormais déterminante pour la stabilité sous régionale. Dans la déclaration officielle, le gouvernement de transition affirme que le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine constitue « la solution la plus réaliste » pour sortir de l’impasse. Bamako précise également son alignement sur le processus onusien, en citant la résolution 2797 du Conseil de sécurité adoptée le 31 octobre 2025, ainsi que le rôle de l’Envoyé personnel du Secrétaire général.
Ce changement de cap intervient dans un climat régional marqué par la multiplication des reconnaissances diplomatiques de la position marocaine. Depuis le début des années 2020, plusieurs pays africains, dont la Côte d’Ivoire, le Gabon ou la République centrafricaine, ont suspendu leur soutien à la Rasd ou fermé ses représentations. Le Mali, qui avait reconnu l’entité fantôme en 2014 sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Keïta, revenait alors d’un isolement croissant. La visite de Nasser Bourita à Bamako, effectuée sur hautes instructions du roi Mohammed VI, confirme l’intensification du lobbying marocain en Afrique de l’Ouest.
Sur le plan diplomatique, cette annonce va être officiellement notifiée aux organisations régionales et internationales dont le Mali est membre, notamment l’Union africaine et la Cédéao, ainsi qu’au corps diplomatique accrédité à Bamako. Une telle notification pourrait relancer les débats au sein de l’Union africaine, où la reconnaissance de la Rasd divise profondément les États membres. À court terme, ce repositionnement malien renforce la thèse marocaine selon laquelle le plan d’autonomie gagne du terrain sur le continent, tandis que le polisario voit son assise diplomatique se rétrécir un peu plus.
Les observateurs de la région sahélienne voient dans cette décision un calcul pragmatique des autorités maliennes de transition. Isolées sur le plan sécuritaire après le retrait de la force Barkhane et la baisse d’influence française, confrontées à une insurrection djihadiste persistante, les autorités de Bamako cherchent des soutiens internationaux sans conditionnalités occidentales. Le Maroc, qui dispose d’une puissance économique et religieuse reconnue, apparaît comme un partenaire de premier plan. En échange de ce geste diplomatique de forte portée symbolique, Rabat peut offrir des appuis concrets : investissements, coopération antiterroriste, ou médiation dans d’autres crises sahéliennes. La vérité, même si elle dérange, est que le Sahara occidental compte rarement pour lui même aux yeux des capitales africaines. Il devient une monnaie d’échange dans un jeu d’alliances où la survie des régimes prime sur les principes.



