Le Gabon s’apprête à mettre fin à l’anonymat sur internet. Une ordonnance adoptée fin février, récemment divulguée sur les réseaux sociaux, impose désormais à tout utilisateur d’une plateforme numérique de fournir son nom, son domicile et son numéro d’identification personnel (NIP). Les entreprises, elles, devront communiquer leur numéro d’inscription au registre du commerce.
Le texte ne se limite pas à une simple collecte de données. Il oblige les fournisseurs de services numériques à vérifier l’identité des internautes résidant sur le territoire gabonais. L’accès aux réseaux sociaux est interdit aux mineurs de moins de 16 ans, sauf autorisation parentale explicite. Les opérateurs qui ne respectent pas ces règles s’exposent à des amendes allant jusqu’à 50 millions de francs CFA, voire à des peines de prison pour les infractions les plus graves, notamment en matière de cybersécurité ou de diffusion de contenus illicites.
Cette ordonnance intervient dans un climat politique sous tension. Depuis février, les réseaux sociaux sont officiellement suspendus au Gabon. Les autorités justifient cette coupure par la nécessité de protéger la jeunesse et de lutter contre la diffamation, les insultes et les tentatives de déstabilisation des institutions. Pourtant, cette rhétorique sécuritaire rappelle d’autres épisodes de restriction numérique dans la région, où plusieurs régimes ont utilisé la protection de l’ordre public pour verrouiller l’espace en ligne.
À court terme, cette mesure risque de précipiter un exode des utilisateurs vers des outils de contournement, comme les VPN, ou vers des plateformes étrangères non conformes. À moyen terme, elle pourrait servir de modèle à d’autres pays d’Afrique centrale tentés par un contrôle accru du web. Mais elle soulève aussi des questions juridiques : le texte est il compatible avec les engagements internationaux du Gabon en matière de liberté d’expression et de protection des données personnelles ?
Sur le terrain, l’application de l’ordonnance s’annonce complexe. Comment vérifier l’identité de millions d’utilisateurs sans bases de données fiables et interconnectées ? Les petits opérateurs, déjà fragiles, pourraient ne pas survivre aux sanctions. Quant à la majorité numérique à 16 ans, elle paraît difficile à contrôler sans un système robuste de contrôle parental, inexistant à ce jour. Le risque est grand de voir la loi appliquée de manière arbitraire, transformant une ambition affichée de protection en outil de répression numérique.



