L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a annoncé, samedi 11 avril à Paris, son intention d’engager une procédure judiciaire contre le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Il le tient pour directement responsable de sa condamnation et de son incarcération. L’annonce a eu lieu lors de la Journée du livre politique à l’Assemblée nationale française.
Agé de 81 ans, Sansal affirme que son avocat a déjà constitué un dossier en vue de saisir une juridiction internationale. Il attend néanmoins « le bon moment » pour rendre l’action effective. L’écrivain accuse Tebboune d’être à l’origine de chefs d’accusation graves : terrorisme, espionnage et atteinte à la sûreté de l’État. Il dénonce l’absence d’un « vrai procès », sans observateurs internationaux ni garanties procédurales.
Cette offensive judiciaire s’inscrit dans le prolongement direct d’une condamnation à cinq ans de prison, suivie d’une incarcération d’environ un an. Boualem Sansal a bénéficié d’une grâce présidentielle en novembre 2025. Dès sa détention, il avait prévenu le chef de l’État : « Si vous me libérez, je vous attaque en justice. » La grâce n’a donc pas éteint sa détermination, mais au contraire libéré sa parole.
L’issue de cette procédure reste très incertaine. Aucune juridiction internationale ne dispose d’une compétence automatique pour juger un chef d’État en exercice sur des faits liés à la justice nationale. L’action pourrait néanmoins avoir un effet politique et médiatique, en isolant davantage le régime algérien sur la scène des droits de l’homme. Sansal lui même laisse entendre que le calendrier dépendra aussi d’autres dossiers, notamment celui du journaliste Christophe Gleizes, détenu depuis mai 2024.
Parallèlement, Boualem Sansal a quitté Gallimard, sa maison d’édition historique, pour rejoindre Grasset, filiale du groupe Hachette Livre. Dans une tribune au Monde, il a justifié ce départ par une « divergence » stratégique. Selon lui, les démarches diplomatiques ayant conduit à sa grâce ne correspondaient pas à sa ligne de conduite face aux autorités algériennes. Ce repositionnement éditorial renforce sa posture d’auteur intransigeant, en phase avec son offensive judiciaire.
Au delà de son cas personnel, Sansal pointe un système répressif qu’il juge systémique. La situation de Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », illustre selon lui un usage politique de la justice. En liant son action à ce dossier, l’écrivain cherche à transformer une plainte individuelle en symbole d’une lutte plus large pour les libertés. Reste à savoir si la communauté internationale suivra, ou si cette annonce restera une déclaration sans suite.



