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G20 : l’Afrique du Sud mise à l’écart par Washington, son ministre parle de « vacances forcées »

Malika Coté 13 Apr 2026 Afrique du Sud, Économie, États-Unis, Finance, Monde, Politique 520 Lectures

L’Afrique du Sud, seul pays africain membre à part entière du G20, n’a pas été accréditée par Washington pour participer aux réunions des ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales du groupe, qui se tiennent en marge des assemblées de printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington du 13 au 18 avril. Son ministre des Finances, Enoch Godongwana, a confirmé la nouvelle dimanche depuis l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol, qualifiant cette mise à l’écart de « vacances » forcées jusqu’en novembre prochain.

Godongwana a précisé que ni sa délégation ni celle du gouverneur de la Banque centrale sud-africaine, Lesetja Kganyago, n’avaient été accréditées par le pays hôte. Il a soigneusement évité le terme « expulsion », parlant plutôt d’un « verrouillage » administratif. Le mécanisme est simple : la présidence tournante du G20 contrôle l’accès à ses propres réunions par un processus d’accréditation. Ce n’est pas une procédure légale, mais un outil administratif. La qualité de membre de Pretoria n’a pas été révoquée. Simplement, son siège est inoccupable tant que les États-Unis tiennent le bâton de maréchal. « Nous considérons donc que c’est pour nous une année de vacances du G20 », a ironisé le ministre. « Nous reprendrons en novembre avec la présidence britannique. »

Cette exclusion ne surgit pas de nulle part. Elle est l’aboutissement d’une offensive méthodique de l’administration Trump contre le gouvernement de Cyril Ramaphosa, accusé sans preuves solides de mener une politique de spoliation foncière et de violences ciblées contre les agriculteurs blancs afrikaners. Washington n’avait déjà pas envoyé de délégation au sommet des chefs d’État du G20 à Johannesburg en novembre 2025. Puis, lors de la passation du gavel, les Américains avaient proposé un simple chargé d’affaires, une offre que Pretoria avait jugée insultante. Enfin, le secrétaire d’État Marco Rubio avait officialisé la rupture en annonçant que la Pologne rejoindrait le G20 à la place de l’Afrique du Sud, accusée d’avoir saboté les négociations et divulgué des noms d’agents américains. Pretoria a toujours rejeté ces allégations.

Godongwana se montre confiant quant à un retour à la normale sous la présidence britannique du G20, qui débutera en novembre. Il ne croit pas que Londres adoptera la même attitude. Mais l’ombre d’un précédent inquiète bien au-delà du cas sud-africain. Lors de la première réunion des sherpas en décembre, l’Allemagne, la Chine, la France, le Canada et le Brésil ont exprimé leur malaise. Comme l’a résumé le chancelier allemand Friedrich Merz, si un pays hôte peut écarter un membre fondateur sans aucun recours, aucun État n’est à l’abri demain. L’Union africaine conserve bien un siège permanent, mais celui-ci n’a pas le même poids qu’une place de membre fondateur.

Conséquence concrète de cette mise au ban : le continent africain perd pour un an son seul représentant historique à la table où se négocient les grandes orientations financières mondiales. Ni le Nigeria, ni l’Éthiopie, ni le Kenya ne disposent d’un siège. La voix des 1,4 milliard d’Africains se réduit donc à celle de l’Union africaine, un statut plus récent et moins influent dans les tractations informelles. Ironie de l’histoire, c’est l’Afrique du Sud qui, en 2025, avait été saluée pour avoir fait aboutir des compromis substantiels sur la dette et la transition énergétique. Cette année, elle regardera les débats de l’extérieur, sans même pouvoir défendre ses propres réformes économiques, alors que le rand reste fragile et que la croissance sud-africaine peine à dépasser 1 %.

Godongwana refuse toute dramatisation en public, mais son discours calibré laisse transparaître une irritation froide. « Nous ne sommes pas expulsés, nous ne sommes pas entrés », résume-t-il. Son choix des mots est une leçon de realpolitik : il ne conteste pas frontalement la décision américaine, préférant attendre la fin de la présidence Trump pour rouvrir la porte. Cette stratégie de l’attentisme, compréhensible diplomatiquement, pose néanmoins une question de fond : que vaut une instance multilatérale si l’un de ses membres peut être neutralisé par un simple refus d’accréditation ? Les autres capitales suivent l’affaire de près. Car si le G20 se transforme en club où le pays hôte choisit ses invités, alors son rôle de gouvernance économique mondiale s’en trouvera irrémédiablement affaibli.

afrique du sud etats unis g20 2026-04-13
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