Donald Trump a retiré lundi 13 avril de son réseau Truth Social une image générée par intelligence artificielle le représentant en Jésus-Christ, après une vague d’indignation parmi les figures de la droite religieuse américaine. Loin de présenter des excuses, le président américain a défendu son geste en affirmant qu’il s’agissait en réalité de lui… en médecin. « Je soigne les gens. Je les soigne beaucoup », a‑t‑il déclaré, refusant toute repentance face aux accusations de blasphème.
L’image incriminée montre Donald Trump drapé d’une toge rouge et blanche, auréolé d’un halo lumineux, posant une main sur le front d’un homme alité. Autour de lui, une foule en adoration, tandis que des symboles patriotiques américains – aigles, bannière étoilée, soldat, avion de chasse, statue de la Liberté – viennent christianiser l’iconographie nationale. Ce détournement des codes de la peinture chrétienne a été immédiatement perçu par ses détracteurs comme une tentative de sacralisation personnelle, d’autant que Trump venait de qualifier le pape Léon XIV de « faible face aux crimes » et de « terrible en politique étrangère ».

L’épisode s’inscrit dans une escalade rhétorique ancienne. En mai dernier, Trump avait déjà publié un portrait généré par IA de lui en tenue pontificale, affirmant qu’il « aimerait être pape ». Depuis sa tentative d’assassinat en juillet 2024, observe Matthew Taylor, chercheur à l’université Georgetown, le président a embrassé la rhétorique religieuse avec une ferveur accrue. Parallèlement, sa critique ouverte du souverain pontife – qui refuse d’entrer dans la polémique – survient alors que la guerre menée par Washington en Iran divise profondément sa base, notamment catholique.
Pour Matthew Taylor, ces provocations successives risquent d’éroder durablement le socle électoral trumpiste chez les catholiques pratiquants, déjà refroidis par la politique étrangère de la Maison‑Blanche. D’autres analystes relativisent toutefois ce danger : la loyauté personnelle à Trump a souvent survécu à des outrages bien plus graves. Reste que le pape Léon XIV, par son silence, oppose une autorité morale tranquille aux outrances numériques d’un président qui, pour l’instant, ne recule que sur l’image, jamais sur le fond.
Dans les rues de Brooklyn, la colère des fidèles est palpable. Vincenzo, la cinquantaine, interrogé près de l’église Sainte‑Thérèse‑d’Avila, juge Trump « très préoccupant » et lui dénie toute appartenance chrétienne. Georges, qui habite en face de l’église, va plus loin : « Il est le diable en personne. » Une autre paroissienne dénonce « l’insolence » d’un président qui, selon elle, se moque de la religion alors que le pape appelle simplement les dirigeants à respecter l’humanité. L’ex‑élue trumpiste Marjorie Taylor Greene, désormais en rupture avec lui, a même parlé d’« esprit antéchrist ».
Cette fronde n’est pas homogène. Certaines figures conservatrices habituellement favorables à Trump, comme la podcasteuse Megan Basham, ont exigé le retrait immédiat du message, évoquant un « outrageux blasphème » et s’interrogeant sur l’état d’esprit du président. Mais aucune figure majeure du Parti républicain n’a pour l’instant rompu ouvertement avec lui. L’affaire révèle ainsi moins une cassure qu’une tension croissante au sein d’une droite américaine où le nationalisme chrétien, habilement instrumentalisé, commence à montrer ses limites face à la démesure d’un homme qui ne reconnaît d’autre sacré que sa propre image.



