Huit dirigeants de l’opposition tchadienne ont été condamnés vendredi à N’Djamena à huit années de prison ferme. Membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), la principale coalition hostile au pouvoir, ils avaient été arrêtés fin avril, une semaine avant une marche d’indignation que le gouvernement avait interdite. Leur avocat a annoncé son intention de faire appel, dénonçant une décision de justice fondée selon lui sur des infractions inexistantes.
Les prévenus, tous présidents de partis membres du GCAP, ont été poursuivis pour association de malfaiteurs, mouvement insurrectionnel, rébellion et détention illégale d’armes de guerre. Aucune preuve d’armes ni de projet insurrectionnel n’a toutefois été rendue publique. Leur avocat, Moussa Adoum, a qualifié le verdict de non surprenant mais décevant, affirmant que la justice avait été utilisée comme un instrument de pression politique. Il espère qu’une cour d’appel pourra statuer sans ingérence du pouvoir exécutif.
Cette répression judiciaire s’inscrit dans un régime de verrouillage du pouvoir instauré par Mahamat Idriss Déby. Proclamé président en mai 2024 à l’issue d’un scrutin boycotté par une large frange de l’opposition, il avait pris la tête d’une transition après la mort de son père, Idriss Déby Itno, tué au front en 2021. Le GCAP, qui fédère treize partis et des acteurs de la société civile, a systématiquement contesté les élections et appelé au boycott, devenant ainsi la cible privilégiée des autorités. La veille des arrestations, la Cour suprême avait dissous la coalition, officiellement pour trouble à l’ordre public.
L’appel annoncé par la défense offre une mince fenêtre de recours, mais dans un climat où la justice semble alignée sur l’exécutif, peu d’observateurs parient sur une inversion du jugement. À plus long terme, cette condamnation envoie un signal clair à toute forme d’opposition organisée. Le risque est un enfouissement encore plus profond de la contestation, tandis que les appels internationaux, y compris ceux d’ONG comme Human Rights Watch, n’ont jusqu’ici produit aucun effet tangible sur la répression.
Ce verdict n’est pas un cas isolé. En mai 2025, Succès Masra, ancien Premier ministre et président du parti les Transformateurs, avait déjà été condamné à vingt ans de prison pour incitation à la haine et à la violence, dans un procès jugé politiquement motivé par Human Rights Watch. Début mai, un militant des Transformateurs a été tué par les forces de l’ordre lors d’un rassemblement exigeant la libération des huit opposants. La coalition dénonce depuis octobre un climat de terreur, d’intimidations et de menaces, alimenté par des interdictions systématiques de rassemblements.
Pour comprendre l’acharnement judiciaire, il faut rappeler un événement clé d’octobre dernier. Le Parlement, à une majorité écrasante, a voté une révision constitutionnelle instaurant un mandat présidentiel de sept ans, renouvelable sans limite. L’opposition a immédiatement dénoncé une dérive autoritaire. Ce texte permet désormais à Mahamat Idriss Déby de se maintenir au pouvoir indéfiniment. Dans ce cadre, neutraliser toute force politique capable de mobiliser dans la rue n’est pas une option pour le pouvoir, mais une nécessité stratégique. La peine infligée au GCAP s’inscrit donc dans une mécanique d’étouffement systématique de la contestation, légalisée par des réformes taillées sur mesure.



