C’est désormais officiel. L’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo ne quittera pas la présidence de son parti. Le 7 mai 2026, devant le Comité central du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA‑CI), il a mis fin aux spéculations qui agitaient l’opposition : il reste aux commandes. Une déclaration brève mais lourde de sens : “Je reste avec vous pour continuer le combat.”
La scène se déroule au siège du PPA‑CI, lors d’une session extraordinaire. Les cadres et militants, qui redoutaient un retrait de leur leader historique, l’avaient imploré de ne pas les abandonner. “Woody de Mama” pour les intimes, l’ex‑chef de l’État a finalement cédé à la pression de sa base. Son annoncé provoque une liesse immédiate dans la salle. Au-delà du soulagement, ce “oui” écarte toute incertitude quant à sa probable candidature à la présidence du parti lors du prochain congrès.
Ce choix intervient à un moment charnière pour le PPA‑CI, qui s’apprête à tenir son tout premier congrès ordinaire les 14 et 15 mai 2026 au Palais de la Culture de Treichville, dans le Sud d’Abidjan. Fondé après le retour d’exil de Laurent Gbagbo, le parti peine encore à s’imposer comme une alternative crédible face au pouvoir en place. Les rumeurs d’un possible retrait de son fondateur entretenaient un flou stratégique préjudiciable. En se maintenant, Gbagbo referme cette parenthèse et renoue avec sa méthode : la centralisation de la décision et l’incarnation verticale du combat politique.
L’issue du congrès ne fait plus guère de doute. Sauf retournement de dernière minute, Laurent Gbagbo sera reconduit par acclamation à la tête du PPA‑CI. Resterait alors à savoir dans quel but. L’ancien président a profité de son intervention pour recadrer les enjeux : “Il n’y a pas de lutte qui n’aboutisse pas si on la mène bien”, a‑t‑il martelé. Un message clair à ses troupes, mais aussi un avertissement adressé au pouvoir. En choisissant de ne pas s’effacer, Gbagbo confirme son intention de peser sur l’échiquier ivoirien, que ce soit pour les prochaines élections ou pour maintenir un rapport de force constant.
Reste une question que beaucoup d’observateurs posent à demi‑mot : à 81 ans, l’ex‑président peut‑il réellement incarner une dynamique d’avenir ? Ses partisans répondent par la nécessité de l’expérience et de la résilience. Ses détracteurs y voient une stratégie de verrouillage qui empêche l’émergence d’une nouvelle génération. Le PPA‑CI paie encore le contrecoup des années d’absence et des procédures judiciaires internationales. En restant seul maître à bord, Gbagbo prend le risque de figer son camp dans un culte de la personnalité, au moment où l’électorat ivoirien aspire souvent à des alternatives plus tournées vers l’avenir.
Ce maintien confirme aussi une constante de la politique ivoirienne : les figures historiques peinent à passer la main, de peur de voir leur héritage dilué ou récupéré. Gbagbo n’échappe pas à cette règle. Mais à force de vouloir “continuer le combat”, il pourrait finir par réduire son parti à une simple caisse de résonance de sa propre personne. Les mois à venir diront si ce choix relève d’une stratégie assumée ou d’un aveu d’impuissance à renouveler le leadership. Une chose est sûre : en restant, Gbagbo ne laisse aucune place au doute, ni à ses adversaires, ni à ses héritiers potentiels.



