Le président sud-soudanais Salva Kiir est arrivé vendredi à Djibouti, Soudan du Sudouti pour assister à l’investiture d’Ismaïl Omar Guelleh, qui entame samedi un sixième mandat consécutif. Une présence discrète mais hautement symbolique, alors que la réélection du leader djiboutien, âgé de 78 ans, est massivement contestée sur le plan intérieur.
Réélu le mois dernier avec 98,7 % des voix, Guelleh a vu son scrutin immédiatement qualifié de « mascarade » par une opposition réduite au silence, dont les principaux partis ont boycotté l’élection. Salva Kiir, accueilli à l’aéroport par le ministre djiboutien des Affaires étrangères Abdoulkader Hussein Omar, ne prononcera sans doute aucun discours critique. Son déplacement relève avant tout d’une faveur diplomatique entre chefs d’État qui se savent mutuellement fragiles.
Ce voyage s’inscrit dans une géographie politique africaine où les régimes contestés s’offrent des soutiens croisés. Juba, dirigé par Kiir depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, peine à sortir d’une transition politique instable, rythmée par les violences intercommunautaires et la répression de l’opposition. À Djibouti, Guelleh verrouille le pouvoir depuis 1999 sans perspective d’alternance. Dans ce contexte, chaque investiture devient une occasion de normaliser l’anormal.
Au-delà du protocole, Salva Kiir doit s’entretenir avec son homologue pour consolider les relations bilatérales. Mais à quoi peuvent bien servir ces discussions entre deux régimes qui n’ont ni frontière commune, ni grand commerce, ni rivalité affichée ? À renforcer un camp informel de chefs d’État africains qui se reconnaissent mutuellement comme des partenaires fiables, parce qu’ils ne menacent pas l’ordre interne de l’autre. Une logique de survie politique plus que de développement.
Il faut le dire clairement : la visite de Salva Kiir n’aura aucun effet sur la démocratie djiboutienne. En revanche, elle lui offre une scène pour redorer son image à moindre coût. Le Soudan du Sud, miné par des crises humanitaires chroniques, n’a guère de leçons à donner sur l’état de droit. Mais la diplomatie africaine contemporaine ne fonctionne plus à la vertu. Elle fonctionne à la non ingérence. Et sur ce terrain, Djibouti et Juba s’entendent parfaitement.
Reste une question que peu de médias posent : pourquoi aucun dirigeant occidental majeur n’a fait le déplacement ? Parce que reconnaître une élection à 98,7 % sans opposition réelle serait un signal politique toxique. Les présidents africains, eux, n’ont pas cette contrainte. La visite de Kiir ne dit donc pas seulement quelque chose de Djibouti ou du Soudan du Sud. Elle dit quelque chose d’une solidarité autoritaire tranquille, qui tient lieu de diplomatie sur le continent.



