Du 4 au 8 mai, Cotonou a accueilli un exercice de simulation sans précédent consacré à la fièvre de Lassa, orchestré par les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) en lien avec des partenaires régionaux. L’objectif est clair : tester sur le terrain la coordination des surveillances épidémiologiques et la capacité de réponse des pays d’Afrique de l’Ouest face à cette maladie hémorragique virale, endémique et trop souvent négligée.
L’exercice a réuni des agents de surveillance et techniciens de laboratoire venus du Bénin, du Mali, du Togo, du Ghana, du Nigéria, de la Mauritanie et du Burkina Faso. Au programme : évaluation des systèmes de laboratoire, mesures de prévention des infections, communication des risques, engagement communautaire et coordination sanitaire transfrontalière. Piloté par le Dr Kerton Victory, conseiller régional des CDC pour le développement des effectifs en Afrique de l’Ouest, ce test grandeur nature visait à identifier les failles opérationnelles avant qu’une véritable épidémie ne les expose brutalement.
La fièvre de Lassa n’est pas une menace hypothétique. Endémique dans plusieurs pays de la région – Nigéria, Bénin, Ghana, Guinée, Liberia, Sierra Leone – elle provoque chaque année des flambées meurtrières, avec des taux de létalité pouvant atteindre 20 % chez les cas hospitalisés. Pourtant, elle reste sous-diagnostiquée et sous-financée, reléguée derrière d’autres priorités sanitaires comme Ebola ou le paludisme. L’absence de vaccin et le faible accès aux traitements spécifiques rendent la préparation et la coordination transfrontalière non pas optionnelles, mais vitales.
À court terme, cet exercice doit aboutir à des recommandations concrètes pour harmoniser les protocoles de détection et de riposte entre les sept pays participants. À moyen terme, il s’inscrit dans une stratégie plus large portée par le Réseau africain d’épidémiologie de terrain (AFENET) et le Centre régional de surveillance de la Cédéao. Mais la véritable perspective est politique : les CDC américains, par leur présence et leur financement, rappellent que la sécurité sanitaire ouest-africaine reste largement dépendante d’un soutien extérieur. Une vulnérabilité que les États africains ne peuvent plus ignorer.
Le secrétaire général du ministère béninois de la Santé, le Dr Ali Chabi, a martelé un message rarement aussi clair dans les déclarations officielles : la collaboration régionale et la coordination multisectorielle ne sont pas des options, mais des nécessités. Même tonalité du côté du diplomate américain Shane Dixson, qui a réaffirmé l’engagement de Washington, sans prononcer le mot « souveraineté sanitaire » que ses homologues africains peinent encore à traduire en budgets. Représentant d’AFENET, le Dr Herbert Kazoora a résumé l’ambition sous une formule – « Une Afrique en meilleure santé » – qui sonne presque comme un aveu de l’écart à combler.
Parmi les experts techniques mobilisés, les Drs Seogo Hamadou, Donne Ameme, Nestor Noudeke, Marianne Bonkano et Victor Adeola, tous d’AFENET, ont supervisé les mises en situation. Leur présence discrète mais essentielle rappelle un fait trop souvent oublié dans les dépêches officielles : la fièvre de Lassa tue moins par virulence que par faiblesse des systèmes locaux de diagnostic et de veille. Sans laboratoires équipés, sans agents formés à la communication en milieu rural, sans mécanismes de partage d’alerte entre postes frontières, aucun exercice de simulation ne suffira. À Cotonou, les participants l’ont compris. Reste à savoir si les ministères des Finances de la région en feront de même.



