Le cuivre a franchi un sommet historique à plus de 14 000 dollars la tonne en janvier 2026, porté par une hausse de 40 % depuis l’année précédente. Pourtant, depuis ce pic, le métal rouge stagne bien en dessous de ce seuil, malgré une accumulation de perturbations sur la production mondiale. Un paradoxe révélateur d’un marché où l’offre fragilisée ne suffit plus à déclencher la panique acheteuse.
Ces tensions sont bien réelles. PT Freeport Indonesia, exploitant de l’immense mine de Grasberg, a revu à la baisse son objectif de production 2026 de 1 milliard à 700 millions de livres. En cause : les séquelles d’une coulée de boue meurtrière en septembre 2025, qui a contraint à un arrêt immédiat de l’extraction. La reprise totale, espérée fin 2027, est désormais reportée à début 2028. Mais cette seule dégradation ne suffit pas à faire repartir les cours à la hausse.
Ce retard s’ajoute à une toile de fond déjà inquiétante pour l’offre mondiale. La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz au trafic de soufre, conséquence des premières frappes en Iran fin février, prive les producteurs de cuivre d’un intrant chimique essentiel : l’acide sulfurique. Environ 20 % de la production mondiale de cuivre dépend de ce procédé. La RDC, la Zambie et le Chili, leader mondial, voient leurs approvisionnements perturbés, ajoutant une pression structurelle sur un métal stratégique.
Pourtant, les prix n’ont que très peu évolué depuis fin février. Le contrat à trois mois sur la Bourse des métaux de Londres est passé de 13 343 à 13 573 dollars au 8 mai. Une hausse marginale. L’International Copper Study Group a certes revu sa prévision de croissance de la production minière de 2,3 % à 1,6 % pour 2026, mais il anticipe désormais un excédent de 96 000 tonnes sur le cuivre raffiné, contre un déficit de 150 000 tonnes prévu en octobre. La guerre en Iran affaiblit les perspectives économiques mondiales, réduisant la croissance anticipée de la demande de 2,1 % à 1,6 %. Offre et demande se neutralisent.
Pour les producteurs africains, ce double mouvement crée une situation ambivalente. La Banque mondiale prévoit une hausse moyenne des prix de 21 % en 2026, un record annuel, avant un repli de 8 % en 2027. La RDC, premier producteur africain, et la Zambie, où le cuivre représente 70 % des recettes d’exportation, pourraient bénéficier de revenus supplémentaires. Mais la pénurie d’acide sulfurique rappelle brutalement les limites du modèle. Les mines qui utilisent la lixiviation sont directement exposées. En cas de rupture d’approvisionnement, les gains liés aux prix élevés ne feraient que compenser une baisse des volumes.
L’incertitude centrale réside donc dans l’arbitrage entre deux pressions opposées. D’un côté, une offre durablement contrainte par des chocs géologiques, logistiques et géopolitiques. De l’autre, une demande mondiale freinée par un environnement économique dégradé et une guerre qui refroidit les perspectives industrielles. Tant que ces deux forces s’équilibreront, le cuivre restera dans ce paradoxe : un marché sous tension, mais sans fièvre acheteuse. Les investisseurs et les producteurs africains devront apprendre à vivre avec cette nouvelle donne instable.



