En marge du sommet Africa Forward à Nairobi, le président ivoirien Alassane Ouattara a rencontré le colonel Michael Randrianirina, président de la Refondation de la République de Madagascar. Une rencontre diplomatique qui acte, sans coup d’éclat, la reconnaissance tacite d’un régime issu d’une transition controversée. Mais l’essentiel de l’agenda ivoirien se jouait ailleurs : avec les bailleurs de fonds et les grands opérateurs aériens.
L’entretien avec Randrianirina a officiellement porté sur le renforcement de la coopération bilatérale entre Abidjan et Antananarivo. En réalité, ce tête à tête entre un président libéral chevronné et un colonel arrivé au pouvoir par la force des urnes contestées envoie un signal politique fort : la Côte d’Ivoire assume de dialoguer avec toutes les autorités africaines, sans préjugé de légitimité internationale. Parallèlement, Ouattara a rencontré Florence Parly, présidente d’Air France KLM, pour évoquer l’avenir de la coopération avec Air Côte d’Ivoire. Un sujet stratégique alors que le transport aérien africain reste dominé par les majors étrangères.
Cette séquence diplomatique s’inscrit dans la stratégie de rayonnement d’Abidjan. Première puissance économique de l’Uemoa, la Côte d’Ivoire cherche à diversifier ses partenariats tout en consolidant sa relation avec les institutions financières internationales. Le FMI vient de saluer le programme économique et financier ivoirien, malgré un environnement mondial marqué par l’inflation et l’endettement croissant. Ouattara, fidèle à son image de gestionnaire, utilise ces sommets pour rassurer les créanciers et capter des investissements, loin des postures idéologiques.
À court terme, ces échanges devraient déboucher sur des annonces concrètes : révision des accords de ciel entre Air France et Air Côte d’Ivoire, et probable nouveau décaissement du FMI avant la fin de l’année. Mais la question qui fâche reste celle de la refondation malgache. En donnant sa légitimité à Randrianirina, Ouattara prend le risque de diviser l’Union africaine, déjà muette sur la transition ambiguë de Madagascar. Les prochains mois diront si ce pari diplomatique sert la stabilité régionale ou fragilise davantage la crédibilité des chefs d’État africains sur les questions de gouvernance.
Entouré de ses ministres clés, dont Nialé Kaba aux Affaires étrangères et Adama Coulibaly à l’Économie, Ouattara a montré une équipe rodée, presque trop lisse. L’absence de débat public sur les conditions du retour de Madagascar dans le concert des nations africaines interroge. À Nairobi, aucun journaliste n’a pu poser de questions gênantes. L’exercice était verrouillé. Pourtant, c’est bien là que se niche l’angle mort de cette offensive diplomatique ivoirienne : peut on soutenir un modèle économique performant tout en fermant les yeux sur les fragilités politiques de ses interlocuteurs ? La réponse de Ouattara est pragmatique. Mais le pragmatisme a parfois un prix que l’histoire finit par réclamer.



