La famille qatarie Al‑Khayyat, l’un des premiers noms du BTP et de l’investissement dans le Golfe, prépare une entrée massive sur le marché africain des infrastructures. À travers sa filiale UCC Holding, elle convoite deux contrats colossaux : le futur aéroport international d’Addis‑Abeba, estimé à 12,5 milliards de dollars, et une autoroute de 400 kilomètres en République démocratique du Congo. Une offensive qui confirme l’appétit croissant des capitaux moyen‑orientaux pour les grands chantiers du continent.
Porté par les frères Moutaz et Ramez Al‑Khayyat, le groupe Power International Holding (PIH) mise sur des projets structurants à très haute visibilité. En Éthiopie, UCC Holding est en lice pour un aéroport doté de quatre pistes, situé à Bishoftu, à une quarantaine de kilomètres de la capitale. L’infrastructure, qui doit couvrir 35 kilomètres carrés, vise à terme un trafic de 100 millions de passagers par an, selon la compagnie Ethiopian Airlines. En RDC, l’autoroute visée entend désenclaver des régions entières et fluidifier des corridors logistiques essentiels au commerce régional.
Cette accélération s’inscrit dans un mouvement de fond : l’irruption des investisseurs du Golfe dans les mégaprojets africains, là où les États peinent à financer seuls leurs déficits d’infrastructures. Le groupe Al‑Khayyat n’est pas un novice. UCC Holding figure déjà parmi les premiers entrepreneurs internationaux, fort de son expérience au Qatar. Mais l’Afrique change d’échelle pour la famille. Jusqu’ici discrète, elle rejoint désormais la course aux grands contrats face à d’autres acteurs régionaux, dans un environnement où la concurrence s’intensifie entre fonds souverains, promoteurs privés et entreprises chinoises.
Les prochains mois seront décisifs. En Éthiopie, le choix du partenaire industriel et financier pour l’aéroport engage la vision du gouvernement d’Addis‑Abeba, qui veut faire du pays la porte d’entrée aérienne de l’Afrique de l’Est. Une décision en faveur d’UCC Holding crédibiliserait l’ambition qatarie de devenir un opérateur incontournable du transport et de la logique sur le continent. En RDC, l’autoroute de 400 kilomètres, si elle se concrétise, servirait de test pour d’autres corridors routiers, notamment dans le cadre de la Zone de libre‑échange continentale africaine, qui exige des connexions physiques fiables.
L’intérêt des Al‑Khayyat ne se limite pas à l’aviation et au bitume. La famille contrôle déjà, via PIH, des actifs variés comme le géant laitier Baladna et le conglomérat Estithmar Holding. Son entrée en Afrique suit une logique de portefeuille : capter des rendements stables à long terme dans des secteurs où les besoins sont criants. Comme le rappelle Boyd Merrett, PDG d’UCC Holding, l’objectif n’est pas philanthropique. Il s’agit d’allier des garanties publiques solides à des retours sur investissement élevés, dans des pays où le risque politique reste néanmoins élevé.
Reste une question que peu posent ouvertement : ces mégaprojets profitent-ils d’abord aux populations ou aux bilans d’investisseurs étrangers ? L’expérience montre que de tels aéroports ou autoroutes peuvent devenir des cathédrales dans le désert si les États ne maîtrisent ni la dette ni la maintenance. L’Éthiopie, qui sort d’une guerre dévastatrice, et la RDC, immense mais fragile, devront veiller à ce que ces chantiers ne creusent pas les inégalités d’accès aux services de base. Les Al‑Khayyat apportent des capitaux et un savoir‑faire. Reste à savoir si les contrats seront équilibrés et si les bénéfices locaux suivront la promesse affichée.



