Le financement bancaire mondial des énergies fossiles a atteint 906 milliards de dollars en 2025, en hausse de 8 % par rapport à l’année précédente. C’est le verdict sans appel du rapport « Banking on Climate Chaos 2026 », publié début juin par une coalition d’ONG climatiques. Sur ce total, 508 milliards de dollars ont été spécifiquement alloués à des projets d’expansion dans le pétrole, le gaz et le charbon, soit une progression de 27,1 % en un an. Loin de ralentir, la machine bancaire mondiale accélère son soutien aux énergies les plus polluantes.
Les 65 plus grandes banques de la planète concentrent près de 90 % de ces flux. Les établissements américains, canadiens, japonais, chinois, britanniques et européens dominent très largement ce palmarès controversé. Douze d’entre elles, surnommées les « Dirty Dozen » par les ONG, sont responsables à elles seules de près de 40 % du financement fossile mondial. En tête, JPMorgan Chase affiche 58,2 milliards de dollars, suivie par Bank of America (47,3 milliards), Mitsubishi UFJ Financial (46,5 milliards), Mizuho Financial (46,5 milliards) et Citigroup (45,3 milliards). Ces chiffres montrent une mécanique bien huilée, où prêts et activités de souscription continuent d’alimenter toute la chaîne de valeur fossile, du transport à l’électricité en passant par les mines de charbon.
Depuis l’adoption de l’Accord de Paris en 2015, les mêmes institutions bancaires ont débloqué près de 8 700 milliards de dollars en faveur du pétrole, du gaz et du charbon. Ce chiffre vertigineux contraste brutalement avec les engagements climatiques affichés par ces mêmes acteurs. Les auteurs du rapport rappellent que cette somme, si elle avait été dirigée vers une transition énergétique juste, aurait permis un monde « plus sain, plus équitable et plus sûr ». Pendant ce temps, les énergies renouvelables progressent techniquement et économiquement, mais peinent à capter les flux financiers nécessaires à leur déploiement massif.
La prochaine étape de la transition énergétique se jouera donc dans les salles des conseils d’administration et sur les marchés de capitaux. Alors qu’en 2025, les renouvelables ont couvert l’intégralité de la croissance de la demande mondiale d’électricité, la finance reste structurellement acquise aux énergies fossiles. Les analystes estiment que sans régulation contraignante, sans désengagement progressif imposé aux banques, et sans mécanismes de pénalisation financière des actifs carbonés, la tendance ne s’inversera pas. Le rapport alerte sur un « verrouillage » climatique pour plusieurs décennies, rendant plus difficile, coûteuse et instable toute transition tardive.
Le choix des banques n’a pourtant rien d’une fatalité technique ou économique. Comme le soulignent les ONG, les énergies renouvelables sont désormais moins coûteuses et plus sûres. Pourtant, les grandes institutions bancaires continuent d’aider les promoteurs fossiles à lever des fonds obligataires et à concentrer la dette entre les mains d’un petit nombre d’entreprises fragilisées. Ce comportance, qualifié de « choix actif » par les auteurs du rapport, contribue à rendre le système énergétique mondial plus cher, plus inégal et plus vulnérable. En clair, ce n’est pas par ignorance ou par manque d’alternatives que les banques persistent. C’est par calcul économique et par inertie politique.



