Un premier avion transportant des migrants expulsés des États-Unis a atterri vendredi 12 juin à Bangui, en République centrafricaine, après plusieurs jours de spéculations. L’appareil, parti d’Alexandria en Louisiane, a fait escale à Accra avant de se poser vers 22 heures, dans une discrétion totale. Les autorités centrafricaines n’ont publié aucune information officielle sur cette opération.
À bord, 17 migrants selon une source aéroportuaire. Ils ont passé près de quatre heures dans les locaux de la police de l’air pour les formalités, avant d’être escortés au cœur de la nuit vers deux hôtels du centre‑ville de la capitale. Aucune précision n’a été donnée sur leur nationalité, leur statut administratif ou les conditions de leur séjour. L’arrivée s’est déroulée sous un important dispositif de sécurité, sans aucune communication officielle.
Cet accueil s’inscrit dans la stratégie de l’administration américaine visant à transférer certains migrants vers des pays tiers. La République centrafricaine devient ainsi le dernier pays africain en date à avoir accepté un tel accord. Un choix qui interroge, alors que Bangui peine encore à stabiliser son propre territoire après des années de conflit et que les États‑Unis justifient ces expulsions par des motifs de sécurité intérieure.
L’opposition et la société civile exigent des clarifications. Paul‑Crescent Beninga, porte‑parole d’un groupe de travail citoyen, dénonce « le silence et le mépris » du gouvernement. L’ancien président et opposant Martin Ziguélé voit une atteinte à la souveraineté nationale et un risque sécuritaire : si les États‑Unis refusent ces personnes pour des raisons de sûreté, comment la Centrafrique, toujours fragile, pourrait‑elle les garantir ? L’opposition soupçonne en outre le versement d’une somme importante en échange de cet accord et réclame la publication de ses termes.
Aucune confirmation officielle n’est venue infirmer ou confirmer ces allégations financières. Le silence des autorités centrafricaines contraste avec l’urgence humanitaire et sécuritaire que le pays connaît sur son propre sol. Ce transfert, réalisé loin des projecteurs, pose une question de fond : combien d’autres vols suivront, et dans quelles conditions ces personnes, déjà expulsées d’un des pays les plus verrouillés au monde, seront‑elles traitées en terre centrafricaine ? La réponse engagera, au delà de la transparence, la crédibilité d’une diplomatie qui se voulait tournée vers la renaissance.



