Le président burundais Évariste Ndayishimiye, actuellement à la tête de l’Union africaine (UA), a reçu le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, à Gitega, afin de synchroniser leurs agendas stratégiques pour le continent. Cette rencontre, qui se tient à la veille d’un sommet virtuel crucial sur la résurgence d’Ebola, vise à poser les jalons d’une action continentale unifiée et réactive face à des menaces sanitaires et sécuritaires croissantes, tout en réaffirmant la nécessité d’une gouvernance africaine cohérente.
Les échanges entre les deux hommes ont balayé un large spectre de dossiers brûlants, depuis la mise en œuvre de l’Agenda 2063 jusqu’aux mécanismes de résilience économique. Ils ont souligné avec insistance la nécessité d’accélérer l’intégration régionale et de renforcer la capacité des États à faire face aux chocs exogènes. Cependant, le volet sécuritaire a occupé une place prépondérante, avec un focus particulier sur la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, ainsi que sur la consolidation des dispositifs africains de médiation, dont l’efficacité reste trop souvent mise à l’épreuve sur le terrain.
Cette concertation de haut niveau intervient dans un climat continental marqué par une multiplication des foyers d’instabilité, allant du Sahel à la Corne de l’Afrique, et par une recrudescence des alertes sanitaires qui mettent à nu les faiblesses structurelles des systèmes de santé nationaux. La réunion virtuelle du 16 juin, convoquée par la présidence burundaise, s’inscrit dans cette urgence. Le duo Ndayishimiye-Youssouf tente de rompre avec la tradition de réactions disjointes pour imposer une ligne directrice unique, condition sine qua non pour crédibiliser le leadership africain sur la scène internationale face à des crises qui ne connaissent pas de frontières.
L’enjeu des prochains mois sera de transformer ce discours d’harmonisation en actes concrets. La réussite de ce duo exécutif dépendra de sa capacité à mobiliser des financements innovants pour la riposte sanitaire et à contraindre les États membres à une mise en œuvre rapide des décisions prises. L’échec, en revanche, renforcerait le sentiment que l’institution demeure une tour d’ivoire, incapable d’infléchir le cours des tragédies humanitaires, et fragiliserait davantage la crédibilité de l’Agenda 2063, perçu comme un vœu pieux face aux urgences du présent.
Si la réunion de Gitega semble avoir scellé une entente cordiale, elle ne doit pas occulter les tensions sous-jacentes entre les différents blocs régionaux, souvent réticents à une centralisation des prérogatives sécuritaires. Par ailleurs, l’accent mis sur la « solidarité » dans le communiqué final masque des disparités profondes entre États contributeurs et États bénéficiaires nets des opérations de paix, une fracture qui pourrait ressurgir lors des prochaines négociations budgétaires de l’UA. La véritable pierre de touche de cette collaboration sera la gestion du prochain sommet ordinaire, où les bailleurs de fonds traditionnels observeront avec attention la capacité des dirigeants africains à porter seuls le poids de leurs solutions.
Au-delà des déclarations d’intention, la rencontre a également permis d’esquisser des pistes opérationnelles, notamment en matière de mutualisation des moyens de surveillance épidémiologique et de création de réserves stratégiques continentales. Les deux responsables ont insisté sur la nécessité de dépoussiérer les protocoles de réponse aux urgences, trop souvent entravés par des lourdeurs administratives. Cette dynamique, si elle se concrétise, pourrait redonner aux mécanismes africains de santé publique une autonomie longtemps réclamée, mais elle nécessite un engagement politique de chaque instant, bien au-delà des discours convenus des sommets.



