Le ministère des Mines et de la Géologie a examiné jeudi 18 juin l’étude de faisabilité d’une usine de pelletisation de 2 millions de tonnes par an, soumise conjointement par Simfer SA et le géant chinois Baowu. Ce geste est le premier signe concret que les actionnaires du plus grand projet minier du pays prennent au sérieux la stratégie de valorisation locale voulue par Conakry depuis 2021. Après la bauxite, c’est le fer qui entre à son tour dans la danse de la transformation industrielle.
Pour la Guinée, l’intérêt est stratégique : capter une part de la valeur ajoutée et sortir du rôle purement extractif pour s’insérer dans la chaîne mondiale de l’acier. Les premières données avancent un potentiel de 1 950 emplois en phase de construction et 788 postes permanents. Pourtant, l’étude ne dit pas encore tout. Ni le coût estimé, ni le calendrier, ni le montage financier, ni la date d’une éventuelle décision finale d’investissement n’ont été communiqués. L’usine sera-t-elle une obligation contractuelle minimale ou la rampe de lancement d’une véritable filière sidérurgique guinéenne ?
Ce projet s’inscrit dans une dynamique impulsée par le gouvernement guinéen, qui a déjà imposé aux compagnies de bauxite des engagements de transformation locale. Plusieurs raffineries d’alumine, financées par des groupes chinois, ont été lancées ces derniers mois. Simandou, lui, a commencé ses expéditions commerciales vers la Chine fin 2025, après des décennies de blocages. La Convention de co-développement signée par les acteurs prévoit la remise de cette étude dans les deux ans suivant la mise en service du gisement. À pleine capacité, Simandou pourra fournir 120 millions de tonnes de minerai par an, ce qui confère à cette première étape de transformation un poids potentiel énorme pour l’économie nationale.
La question énergétique est la plus brûlante : avec un taux d’accès à l’électricité estimé à 53 % de la population par la Banque mondiale, le pays devra garantir une alimentation stable et massive. L’étude ne précise ni les besoins de l’usine ni la source d’énergie envisagée. Conakry a déjà prouvé, avec les projets d’alumine, que les obstacles techniques ne l’arrêtent pas, mais le fer exige des investissements autrement plus lourds. La crédibilité du projet reposera sur la capacité à attirer des financements sans hypothéquer l’équilibre budgétaire de l’État.
Simfer, coentreprise de Rio Tinto et Chinalco, et le consortium mené par Baowu, premier sidérurgiste mondial, sont soumis à une pression contradictoire : rentabiliser des investissements colossaux tout en répondant aux exigences locales. La pelletisation est un compromis techniquement réaliste, mais elle n’égale pas la construction d’une aciérie complète. Certains observateurs y voient une réponse minimale aux obligations contractuelles, tandis que les autorités guinéennes insistent sur la volonté d’aller plus loin. La transparence sur les coûts et le partage de la valeur sera déterminante pour apaiser les critiques sur un projet souvent perçu comme extractiviste.
La Chine est partie prenante à tous les niveaux du projet, de l’extraction à la transformation. Pékin cherche à sécuriser ses approvisionnements en minerai tout en accompagnant la montée en gamme de ses partenaires africains. Pour la Guinée, l’enjeu est de ne pas être prisonnière de cette dépendance, mais de bâtir une industrie qui crée des compétences et diversifie son économie. Les prochains mois seront cruciaux : si Conakry obtient des réponses claires sur le financement et l’énergie, Simandou pourrait devenir le fer de lance d’un nouveau modèle minier en Afrique de l’Ouest. Dans le cas contraire, il ne resterait qu’un énième projet minier aux promesses non tenues.



