L’industrie minière zimbabwéenne, confrontée à un goulot d’étranglement dans sa capacité de raffinage, a officiellement sollicité un report de l’interdiction des exportations de concentrés de lithium, prévue initialement pour janvier 2027. Les opérateurs du secteur, par la voix de leur association professionnelle, plaident pour un délai supplémentaire de quelques mois, arguant que les unités de transformation en cours ne seront pas opérationnelles à la date butoir. Cette requête, formulée lors d’une conférence minière à Victoria Falls, met en lumière les tensions entre les ambitions industrialistes d’Harare et la réalité des délais de construction de ses partenaires étrangers.
Si le gouvernement a interdit les exportations de minerai brut dès 2022, la prochaine étape, qui vise à stopper les sorties de concentré de spodumène, est perçue comme prématurée par les investisseurs. Actuellement, sur la dizaine de projets de production de sulfate de lithium, une étape clé pour la fabrication de produits chimiques de batterie, un seul est opérationnel, celui du géant chinois Zhejiang Huayou Cobalt. Les autres, détenus par Sinomine, Yahua ou encore la mine d’État de Sandawana, sont encore en phase de construction ou d’évaluation de faisabilité.
En tant que premier producteur africain de lithium, le pays cherche à briser la spirale des matières premières, où il capte une part infime de la valeur ajoutée. Cette politique, qui s’inscrit dans une dynamique continentale de souveraineté minière, a déjà attiré des investissements chinois colossaux, dépassant le milliard de dollars. Toutefois, la chute des cours mondiaux du lithium a fragilisé l’équation économique : en 2025, si les volumes exportés ont augmenté de 11% pour atteindre 1,128 million de tonnes, les revenus sont restés stagnants à 513,8 millions de dollars, prouvant la vulnérabilité d’une économie dépendante des prix internationaux.
Les opérateurs prévoient une production annuelle de sulfate de lithium pouvant atteindre 344 000 tonnes d’ici 2030, si les investissements sont menés à terme. Un report de l’interdiction, même de quelques mois, pourrait offrir l’oxygène nécessaire aux projets en chantier tout en évitant une interruption brutale des flux vers la Chine, qui a absorbé près de 15% des importations chinoises de concentré en 2025. Un arrêt sec aurait des répercussions sur toute la chaîne d’approvisionnement mondiale des batteries pour véhicules électriques.
En février dernier, les autorités ont suspendu brutalement les exportations de concentré, évoquant des pratiques frauduleuses et des fuites de minerai, avant de rétablir un système de quotas plus stricts. Cette instabilité normative, couplée à la volatilité des prix et à la hausse des coûts opérationnels, complique la planification des projets miniers. L’extension demandée par les mineurs est aussi une réponse à ce climat d’incertitude, afin de sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement et de finaliser leurs usines sans précipitation dommageable.
Du côté des autorités, la tentation de maintenir un calendrier contraignant reste forte, portée par la volonté politique d’accélérer l’émergence d’une industrie locale. Pourtant, le gouvernement semble conscient que la transformation effective passe par un partenariat équilibré avec les investisseurs chinois, qui détiennent les clés technologiques et financières. La réponse à la requête des mineurs sera un test crucial pour la crédibilité du Zimbabwe en tant que destination d’investissement minier. Si le délai est accordé, il devra s’accompagner d’un cadre stable garantissant que les usines, une fois construites, puissent fonctionner à plein régime, sans quoi le pays risque de rester prisonnier de sa richesse souterraine.



