Le Sénat zimbabwéen a adopté mercredi à une écrasante majorité le projet de révision constitutionnelle qui prolonge de deux ans le mandat du président Emmerson Mnangagwa, lui permettant de rester à la tête du pays jusqu’en 2030. Avec 75 voix pour et seulement 4 contre, la chambre haute a entériné un texte déjà voté sans difficulté par l’Assemblée nationale le 18 juin dernier. Il ne reste plus qu’à la signature du chef de l’État pour que cette refonte majeure du système politique entre en vigueur.
Cette réforme, engagée en février, ne se limite pas à un simple allongement calendaire. Elle bouleverse également les règles du jeu électoral en supprimant le suffrage direct pour l’élection présidentielle, un acquis démocratique en place depuis 1987. Désormais, c’est le Parlement – dont les députés et sénateurs verront eux aussi leur mandat rallongé de deux ans – qui désignera le futur chef de l’État. Un changement qui transforme profondément la nature du régime, en concentrant davantage les pouvoirs entre les mains de l’assemblée dominée par le Zanu-PF.
Ce vote intervient dans un climat politique déjà très tendu. Arrivé au pouvoir en 2017 sur un coup de force militaire ayant chassé Robert Mugabe, Mnangagwa, 83 ans, devait initialement quitter ses fonctions en 2028, au terme de ses deux mandats. Avec ce nouveau cadre, il pourra gouverner douze ans durant. L’opposition, menée par Tendai Biti, ancien ministre des Finances, dénonce un « coup d’État constitutionnel » et évoque des intimidations systématiques. L’arrestation de son leader en mars dernier, pour des motifs jugés politiques par ses partisans, illustre la répression qui accompagne ce processus.
Pour le Zanu-PF, cette révision est présentée comme une nécessité pour assurer la stabilité politique et économique du pays. Mais les observateurs y voient surtout une manœuvre habile pour verrouiller la succession et neutraliser toute velléité de contestation interne au parti, alors que des factions commencent à s’agiter autour de l’après-Mnangagwa. En déplaçant le mode de scrutin vers un vote parlementaire, le pouvoir s’assure un contrôle total sur la désignation du futur président, rendant hypothétique toute alternance réelle.
Les prochains mois seront décisifs. Une fois la loi promulguée, le calendrier électoral pourrait être modifié pour aligner les échéances sur le nouveau mandat de Mnangagwa. La communauté internationale, déjà critique vis-à-vis de la gestion des droits de l’homme et des réformes économiques au Zimbabwe, risque de durcir son discours. Mais Harare semble prêt à assumer l’isolement, misant sur ses alliances régionales et sur le soutien de puissances comme la Russie ou la Chine pour amortir les sanctions occidentales.
Sur le plan intérieur, cette réforme cristallise les tensions. Les syndicats et la société civile, bien que muselés, grondent. L’inflation chronique, la pénurie de devises et le chômage massif nourrissent un mécontentement populaire que le pouvoir tente de contenir par une répression accrue. L’arrestation de Tendai Biti, figure historique de l’opposition, envoyait déjà un signal fort : aucun obstacle institutionnel ou judiciaire ne sera toléré. La réforme constitutionnelle parachève ce verrouillage, en rendant le jeu politique totalement inféodé à l’exécutif.
À terme, c’est tout l’équilibre des institutions zimbabwéennes qui est remis en cause. En confiant au Parlement l’élection présidentielle, le Zanu-PF se prémunit contre une éventuelle déroute électorale, tout en fragilisant la séparation des pouvoirs. Ce précédent pourrait servir de modèle à d’autres régimes de la région tentés par la prolongation indéfinie du pouvoir, au détriment de la crédibilité démocratique déjà vacillante du continent.



