L’ancien président sénégalais Macky Sall a lancé, jeudi à Séoul, un appel ferme à la restauration de la crédibilité des Nations unies et du système multilatéral. Intervenant au Forum de Jeju pour la paix et la prospérité, il a martelé que l’organisation onusienne, minée par les échecs perçus et les impuissances répétées, ne peut plus se contenter de déclarations d’intention. Pour lui, la confiance n’est pas une option, c’est le préalable à toute action collective efficace dans un monde en morceaux.
Dans son intervention au panel consacré à la réinvention du multilatéralisme, Macky Sall a détaillé les raisons de cette urgence. Il a pointé l’accumulation de crises géopolitiques, sécuritaires, économiques et climatiques qui ébranlent simultanément toutes les régions. Face à cette polycrise, il estime que l’ONU doit cesser d’être une arène de confrontations rhétoriques pour redevenir une forge de solutions opérationnelles. Il a particulièrement insisté sur la fonction de secrétaire général, qu’il voit comme un « bâtisseur de ponts » indispensable, mais trop souvent entravé par les logiques de pouvoir des États membres.
Ce discours s’inscrit dans une trajectoire personnelle et politique bien connue. Depuis son départ du pouvoir en avril 2024, Macky Sall a fait de la gouvernance mondiale son cheval de bataille, enchaînant les tribunes internationales, de New York à Paris en passant par les sommets africains. Son expérience à la tête d’un État sahélien confronté au terrorisme, aux chocs climatiques et aux pressions financières lui confère une légitimité particulière. Il ne parle pas en théoricien, mais en praticien des compromis impossibles et des urgences quotidiennes.
L’ancien chef de l’État a proposé que la résilience devienne le principe directeur du prochain agenda mondial, en remplacement ou en complément des Objectifs de développement durable, dont il juge l’ambition trop diluée. Il a plaidé pour des institutions mieux outillées pour anticiper les conflits, absorber les chocs économiques et répondre aux pandémies, sans attendre que les catastrophes ne forcent l’action. Cette vision suppose une réforme en profondeur du Conseil de sécurité, mais aussi des mécanismes de financement, afin que l’Afrique, première victime des désordres globaux, ne soit plus seulement spectatrice mais actrice à part entière.
Les observateurs notent que ce plaidoyer, bien que généreux, heurte de plein fouet les réalités géopolitiques actuelles. La fragmentation du monde en blocs concurrents, la guerre en Ukraine, les tensions en Asie et le recul des démocraties libérales rendent toute réforme onusienne improbable à court terme. Macky Sall le sait, mais il mise sur un effet d’entraînement : en répétant inlassablement ce message dans des forums comme celui de Jeju, il espère créer un rapport de forces intellectuel et moral qui finira par peser sur les décideurs. Sa stratégie est celle d’un marathonien, pas d’un sprinteur.
Le Forum de Jeju, rendez-vous annuel majeur en Asie pour le dialogue sur la paix et la coopération, offre une caisse de résonance précieuse à cette ambition. En remerciant les autorités sud-coréennes pour leur invitation, Macky Sall a souligné le symbole de ce choix : c’est depuis l’Asie, région dynamique et pourtant fragile, qu’il lance cet appel à un multilatéralisme rénové. Son intervention a été suivie avec attention par les délégations africaines et asiatiques, qui voient en lui un porte-voix crédible pour porter des revendications communes.
Reste que la question qui taraude les diplomates présents à Jeju est celle de la faisabilité. Peut-on vraiment réinventer l’ONU sans toucher aux privilèges des puissances permanentes ? Macky Sall n’a pas donné de réponse technique, mais il a livré un avertissement clair : si l’organisation ne se réforme pas, elle sera de plus en plus contournée par des coalitions de circonstance, et la gouvernance mondiale deviendra une jungle sans règles. Son message est donc moins un programme qu’un diagnostic alarmiste, destiné à provoquer une prise de conscience avant qu’il ne soit trop tard.



