Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a fixé au 8 août prochain la tenue du congrès fondateur de sa nouvelle formation politique. Prévu à la Dakar Arena, cet événement doit acter la naissance d’un parti unique destiné à regrouper l’ensemble des forces qui soutiennent son action à la tête du pays. Cette annonce marque une étape décisive dans l’organisation de la majorité présidentielle, jusqu’ici structurée autour de la coalition « Diomaye Président ».
Depuis plusieurs semaines, le chef de l’État multiplie les rencontres avec les représentants des collectivités territoriales pour préparer ce tournant. Après une première audience qui avait réuni 306 maires issus des quatorze régions du Sénégal début juillet, il a reçu samedi 11 juillet au Palais de la République des élus des départements de Mbour, Mbacké, Linguère et Bakel. Ces échanges visent à recueillir les attentes des territoires et à consolider l’assise locale du futur parti. Lors de la réunion de juillet, Bassirou Diomaye Faye avait déjà confié à Aminata Touré, superviseure générale de la coalition, la mission de piloter un comité de réflexion chargé d’élaborer les bases programmatiques et statutaires de cette nouvelle structure.
Cette initiative s’inscrit dans un paysage politique sénégalais en pleine mutation, où les relations entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, son ancien Premier ministre devenu président de l’Assemblée nationale, se sont sensiblement distendues. Les divergences ont éclaté au grand jour à l’occasion de la réforme constitutionnelle adoptée le 29 juin 2026 par le Parlement, qui prévoyait notamment le remplacement du Conseil constitutionnel par une Cour constitutionnelle, un renforcement des prérogatives de l’Assemblée, ainsi que l’interdiction pour le président de la République de cumuler la direction d’un parti politique. Saisi par le chef de l’État, le Conseil constitutionnel a finalement invalidé l’ensemble du texte, mettant un terme à la procédure. Ce camouflet institutionnel a accentué les tensions entre les deux anciens alliés et rendu plus urgente la clarification des équilibres au sein de la majorité.
Le rassemblement du 8 août aura pour objectif non seulement de consacrer officiellement la naissance du parti, mais aussi d’en fixer les orientations politiques et de désigner ses premières instances dirigeantes. Ce processus d’institutionnalisation répond à la volonté affichée par le président Faye de doter son mouvement d’une « unité plus organique » et de dépasser le cadre souple d’une coalition électorale. Les élus locaux rencontrés ces derniers jours ont réaffirmé leur soutien au projet présidentiel, saluant la promesse d’une « véritable équité territoriale » et la volonté de placer les collectivités locales au cœur de la transformation du pays.
Au-delà de la simple formalité statutaire, ce congrès constitue un test grandeur nature pour la cohésion de la mouvance présidentielle, fragilisée par les récents désaccords institutionnels. La capacité de Bassirou Diomaye Faye à fédérer l’ensemble de ses soutiens, des maires ruraux aux cadres urbains, tout en préservant une ligne commune avec Ousmane Sonko, sera scrutée de près. La Dakar Arena pourrait ainsi devenir le théâtre d’une réaffirmation de l’autorité présidentielle, mais aussi le révélateur des équilibres internes à une majorité appelée à se préparer pour les prochaines échéances électorales, dans un climat politique redevenu incertain.
Cette démarche rappelle les stratégies de consolidation des présidents sortants, qui ont souvent cherché à transformer leur popularité personnelle en machine politique durable. En anticipant la structuration de son parti près de deux ans avant la fin de son mandat, Diomaye Faye se donne les moyens d’incarner un projet de gouvernement au-delà de sa seule personne. Reste à savoir si cette nouvelle formation parviendra à incarner une alternative claire aux partis historiques, ou si elle ne fera qu’ajouter une couche supplémentaire à un paysage politique déjà fragmenté. Les prochaines semaines, marquées par les débats sur le programme et la désignation des responsables, fourniront des premiers éléments de réponse.



