La Mauritanie a dévoilé le 13 août 2025 un projet intégré d’énergies renouvelables d’un montant de 287 millions de dollars, associant une centrale solaire de 160 MW à Nouakchott, un parc éolien de 60 MW à Boulenouar et un système de stockage par batteries de 370 MWh. Le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Ould Khaled, a insisté sur la fonction clé du stockage, destiné à lisser les intermittences et à garantir une fourniture stable sur le réseau national. Ce montage technique, rare à cette échelle en Afrique de l’Ouest, place le pays face à un défi de réalisation et de financement aussi ambitieux que contraignant.
L’objectif affiché est double : porter la part des renouvelables dans le mix électrique mauritanien et diminuer le recours aux groupes diesel et fioul, coûteux et polluants. Avec 220 MW de capacité installée et 370 MWh de stockage, le projet devrait améliorer la qualité du service, notamment dans les zones urbaines et industrielles, où les coupures et les variations de tension pénalisent l’activité économique. Les autorités tablent sur une stabilisation des coûts de production à moyen terme, même si l’investissement initial alourdit la facture pour les finances publiques et les partenaires privés.
La Mauritanie importe une part substantielle de ses hydrocarbures et peine à sécuriser un approvisionnement régulier face aux aléas du marché mondial. Le pays, qui s’est engagé dans le cadre de l’Accord de Paris à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, voit dans ce projet un levier pour honorer ses contributions déterminées au niveau national. Par ailleurs, la région de Nouakchott et la côte atlantique disposent d’un gisement solaire et éolien parmi les plus compétitifs du continent, ce qui rend l’initiative économiquement cohérente, à condition que les infrastructures de transport et de distribution suivent.
La réussite du projet repose désormais sur le calendrier des appels d’offres, la sélection des constructeurs et la transparence des contrats. Les investisseurs internationaux, déjà présents dans le secteur minier et gazier, observeront avec attention les mécanismes de tarification de l’électricité produite, ainsi que les garanties de paiement offertes par l’État. Le montage en partenariat public-privé et le soutien de bailleurs multilatéraux constituent un atout, mais ils imposent aussi un suivi rigoureux des coûts et des délais, sous peine de voir le projet dériver comme d’autres infrastructures énergétiques en Afrique de l’Ouest.
Au-delà du mégawattheure, ce programme est présenté comme un catalyseur de création d’emplois locaux, dans la construction, la maintenance et l’exploitation des installations. Il comporte également une dimension de transfert technologique, les opérateurs étrangers étant appelés à former des équipes mauritaniennes. Les autorités espèrent que cette dynamique attirera d’autres investissements dans les énergies propres, faisant de Nouakchott une plateforme régionale pour l’ingénierie verte, à condition que la formation et l’entretien des équipements soient durablement assurés.
La réduction des émissions de CO₂ est souvent mise en avant par le gouvernement, mais elle ne sera effective que si le solaire et l’éolien se substituent réellement aux thermiques, et non en complément d’une production fossile maintenue. La performance du système de batteries, encore coûteux et sensible aux températures élevées, sera déterminante. Pour les ménages et les entreprises, l’amélioration attendue de la qualité du service électrique et la stabilisation des tarifs passent par une intégration fluide au réseau existant, dont la vétusté constitue un frein silencieux. Les prochains mois diront si ce méga-projet devient un modèle ou un avertissement pour les voisins sahéliens.



