Le Mali a officiellement demandé à l’ONU d’intégrer pleinement la Confédération des États du Sahel (AES) dans la revue stratégique du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS). Cette requête, présentée lundi à Bamako par les ministres Abdoulaye Diop et Ismaël Wagué à une délégation conduite par l’ancienne présidente éthiopienne Sahle‑Work Zewde, vise à adapter le mandat de l’UNOWAS aux réalités politiques et sécuritaires nées de l’émergence de l’AES.
Lors de cette rencontre, les autorités maliennes ont plaidé pour que la dimension confédérale soit désormais prise en compte dans les relations entre l’ONU et les organisations régionales. Elles ont également réaffirmé leur attachement à une conduite nationale du processus de paix, à travers la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, en remplacement de l’Accord d’Alger dénoncé en janvier 2024. La discussion a couvert les priorités maliennes en matière de gouvernance, de sécurité et de réconciliation, dans un contexte où Bamako entend peser sur l’évolution des instruments onusiens.
L’UNOWAS, mission politique basée à Dakar, est chargée de la diplomatie préventive, des bons offices et du soutien aux initiatives de paix, sans vocation militaire. Son mandat, prolongé jusqu’en janvier 2029, fait actuellement l’objet d’une revue stratégique indépendante dont le rapport est attendu fin septembre 2026. Traditionnellement liée à la CEDEAO, l’UNOWAS voit son environnement bouleversé par le retrait effectif du Mali, du Burkina Faso et du Niger de l’organisation ouest‑africaine, intervenu le 29 janvier 2025, et par la création de l’AES, d’abord comme alliance en septembre 2023, puis comme confédération en juillet 2024.
L’aboutissement de la requête malienne dépendra des recommandations de la revue stratégique, des observations du secrétaire général de l’ONU et des décisions ultérieures du Conseil de sécurité. Si elle était acceptée, l’intégration de l’AES dans les méthodes de travail de l’UNOWAS ouvrirait la voie à des consultations structurées sur les questions transfrontalières, l’aide humanitaire, les transitions politiques et la coopération avec les agences onusiennes. À l’inverse, un rejet renforcerait le sentiment, déjà vif à Bamako, d’une inadaptation des dispositifs internationaux aux mutations régionales.
Au‑delà de la seule reconnaissance institutionnelle, Bamako insiste sur une meilleure coordination des agences, fonds et programmes des Nations unies présents au Mali. Les ministres ont souligné que l’efficacité de l’aide onusienne dépend de sa cohérence avec les priorités nationales, notamment dans les zones en crise. Cette exigence de « nationalisation » de l’assistance internationale traduit une défiance croissante envers les modèles extérieurs et une volonté affirmée de reconquérir la souveraineté décisionnelle.
Pour l’UNOWAS, le défi est double. D’une part, il lui faut maintenir un dialogue opérationnel avec les trois pays de l’AES sans remettre en cause ses liens historiques avec la CEDEAO. D’autre part, la revue stratégique devra arbitrer entre l’élargissement de son périmètre d’action et la préservation de ses moyens limités. La mission de Sahle‑Work Zewde, qui a déjà exercé de hautes responsabilités à l’ONU, sera déterminante pour proposer un équilibre entre continuité et adaptation. Le rapport de septembre fournira une première indication concrète sur la place que les Nations unies entendent accorder à la nouvelle donne sahélienne.



