La commission électorale zambienne a proclamé, sans surprise, la réélection du président sortant Hakainde Hichilema dès le premier tour. Avec 60 % des suffrages exprimés, soit plus de 2,96 millions de voix, le chef de l’État de 64 ans devance largement ses treize concurrents et s’offre un second mandat consécutif, cinq ans après une arrivée au pouvoir marquée par l’espoir d’un renouveau démocratique et économique.
Ce score massif, acquis au terme d’un scrutin tendu, confirme la confiance relative d’une majorité d’électeurs envers le bilan affiché par le camp présidentiel. Baisse de l’inflation, consolidation des réserves de change et création de 50 000 postes dans la fonction publique sont autant d’arguments mis en avant par Hichilema pour justifier la poursuite de sa politique. Pourtant, ces indicateurs macroéconomiques peinent à se traduire concrètement dans le quotidien d’une population qui demeure vulnérable face au coût de la vie et à l’emploi informel.
Arrivé au pouvoir en 2021, Hichilema héritait d’une situation intenable : la Zambie venait de devenir, quelques mois plus tôt, le premier pays africain à faire défaut sur sa dette extérieure depuis le choc du Covid-19. Le redressement engagé sous l’égide du FMI et la renégociation des créances ont été perçus comme des pas nécessaires, mais douloureux. Dans ce contexte, l’opposition a dénoncé des pratiques autoritaires – intimidations, restrictions des libertés publiques et arrestations arbitraires – qui ont entaché le climat électoral et fragilisé la crédibilité démocratique du pouvoir.
Le second mandat s’annonce tout aussi exigeant que le premier. Sur le plan économique, Hichilema devra accélérer la redistribution des fruits de la stabilisation pour ne pas voir le mécontentement social s’envenimer. Sur le plan politique, les accusations contre son gouvernement risquent d’alimenter une polarisation croissante, d’autant que son principal rival, Bryan Mundubile (38 % des voix), n’a pas reconnu sa défaite et dénonce un processus entaché d’irrégularités. La communauté régionale et les partenaires occidentaux scruteront de près la gestion des libertés publiques.
Les violences de dernière minute et l’interpellation de six figures de l’opposition le jour même du scrutin ont jeté une ombre sur la régularité du processus. Si la commission électorale a salué une participation honorable, plusieurs observateurs locaux ont relevé des dysfonctionnements logistiques et des tensions dans les zones urbaines. Ces incidents, bien que ponctuels, nourrissent un sentiment de défiance chez une partie de l’électorat qui attendait davantage de transparence.
Au-delà des chiffres, cette réélection traduit un paradoxe zambien : les réformes structurelles sont louées par les institutions financières internationales, mais leur impact social reste insuffisant pour transformer en profondeur les conditions de vie. Hichilema dispose désormais d’un capital politique renouvelé, mais le temps joue contre lui. Les prochains mois seront décisifs pour concilier rigueur budgétaire et attentes populaires, sous le regard exigeant d’une société civile de plus en plus mobilisée sur les questions de gouvernance et de justice sociale.



