Le président Félix Tshisekedi a appelé, les 17 et 18 août à Zanzibar, à une coopération renforcée entre la RDC et la Tanzanie, en particulier dans les domaines sécuritaire et économique. Devant son homologue Samia Suluhu Hassan, il a plaidé pour une réponse régionale plus coordonnée aux crises qui secouent l’est de la RDC, tout en réaffirmant l’attachement de Kinshasa à sa souveraineté et à son intégrité territoriale. Ce déplacement, en apparence protocolaire, revêt une dimension stratégique pour un pays en quête de soutiens extérieurs fiables.
Au cœur des échanges, l’insécurité persistante dans le Nord-Kivu et l’Ituri, où l’offensive du M23 continue de fragiliser les équilibres locaux. Kinshasa accuse Kigali de soutenir ce mouvement armé, une allégation que le Rwanda dément systématiquement, malgré les conclusions de plusieurs rapports onusiens et d’organisations indépendantes. Tshisekedi a insisté sur la nécessité d’une action collective des États de la région, tout en rappelant que la RDC n’entendait céder sur aucun de ses droits souverains. La Tanzanie, membre influent de la SADC, apparaît dès lors comme un intermédiaire de poids dans ce jeu diplomatique complexe.
Ce rapprochement avec Dar es-Salaam ne date pas d’hier. Déjà, des soldats tanzaniens avaient pris part à la force régionale déployée dans l’est congolais sous l’égide de la SADC, avant leur retrait en 2025. Ce contingent avait contribué à des opérations de stabilisation, mais son départ avait laissé un vide sécuritaire que Kinshasa peine à combler. En ravivant ce lien militaire, Tshisekedi cherche moins à reconstituer une force étrangère qu’à réactiver un canal diplomatique de confiance, susceptible de peser sur les futures médiations dans le cadre de la Communauté d’Afrique de l’Est ou de l’Union africaine.
Au-delà du volet sécuritaire, les discussions ont porté sur une ambition économique partagée : accroître les échanges commerciaux, stimuler les investissements croisés et développer des corridors d’infrastructures reliant les deux pays. Routes, énergie, agriculture et numérique figurent parmi les secteurs prioritaires. Pour Kinshasa, dont l’économie reste vulnérable aux chocs exogènes, diversifier ses partenaires est une nécessité. La Tanzanie, avec son accès à l’océan Indien et ses ports dynamiques, offre une porte de sortie alternative aux axes traditionnels passant par l’Atlantique.
Ce nouvel élan intervient alors que la RDC multiplie les initiatives diplomatiques pour tenter de résoudre le conflit dans l’est, sans succès décisif à ce jour. L’échec des processus de Luanda et de Nairobi, successivement relancés puis enlisés, a convaincu les autorités congolaises de la nécessité d’élargir leur base de soutien. La Tanzanie, historiquement plus neutre que certains voisins, pourrait jouer un rôle de facilitateur acceptable pour l’ensemble des parties, y compris pour le Rwanda, avec lequel elle entretient des relations économiques étroites.
Pour autant, cette stratégie comporte des limites. Dar es-Salaam n’a pas manifesté, pour l’instant, d’engagement militaire direct en faveur de Kinshasa. Son approche reste prudente, davantage tournée vers les opportunités commerciales que vers une ingérence sécuritaire risquée. Les spécialistes du Grands Lacs soulignent que la Tanzanie privilégie une diplomatie discrète et pragmatique, loin des logiques d’affrontement. Tshisekedi le sait : il mise davantage sur une influence politique et logistique que sur une intervention armée.
En définitive, ce voyage à Zanzibar illustre la recherche d’un second souffle diplomatique par Kinshasa, après des années de réponse essentiellement militaire et judiciaire face au M23. La coopération avec la Tanzanie ne réglera pas à elle seule la crise, mais elle offre un levier non négligeable pour renforcer la pression sur les acteurs régionaux et esquisser une sortie de crise par le haut. Reste à savoir si Dar es-Salaam acceptera de sortir de sa réserve traditionnelle pour accompagner plus activement la RDC sur ce chemin étroit.



