Dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 août 2026, une partie de l’immense décharge de Dar-es-Salam, dans la commune de Gbessia à Conakry, s’est effondrée sur des habitations précaires, tuant au moins 31 personnes, selon un bilan provisoire de la Protection civile. Plusieurs blessés ont été pris en charge et des disparus sont toujours recherchés. Les secours, mobilisés depuis l’aube, progressent avec prudence sur un site toujours instable.
Le drame est survenu vers 2 heures du matin, alors que de fortes pluies s’abattaient sur la capitale guinéenne. La montagne de déchets s’est rompue, ensevelissant des baraques et des maisons sommaires installées à son pied. Les occupants, surpris dans leur sommeil, n’ont pu échapper à la coulée de détritus. Les témoins décrivent une nuit de panique, des cris étouffés par la masse d’ordures et des familles entières portées disparues. Les opérations de fouille se poursuivent sous la menace constante d’un nouvel affaissement.
Ce site de Dar-es-Salam n’en est pas à son premier accident. En 2017, un éboulement similaire avait déjà coûté la vie à neuf personnes et fait une vingtaine de blessés. Depuis des années, les riverains dénoncent l’absence de solution durable et l’extension incontrôlée des habitations au pied de cette décharge à ciel ouvert. La gestion des déchets à Conakry, chronique et sous-financée, s’ajoute à une urbanisation galopante qui repousse sans cesse les limites du tolérable, transformant ces zones en véritables pièges pour les plus démunis.
Selon les autorités, la fermeture de la décharge était justement programmée pour ce dimanche, avec des mesures d’évacuation des riverains. La ministre de l’Administration du territoire, Djénabou Touré, a affirmé que des équipes étaient sur le terrain la veille pour convaincre les familles de quitter les lieux. Elle promet désormais de reloger les ménages restants. Mais ces annonces, après des années d’inaction, suscitent le scepticisme. La question est désormais de savoir si ce drame forcera enfin l’État à accélérer une politique de réinstallation et de gestion des déchets digne de ce nom.
Dans le quartier, la colère est vive. Un riverain, entouré de proches éplorés, lance un appel au départ définitif de la décharge : « Notre dernier espoir, c’était le pouvoir. » À la mosquée, des familles pleurent leurs morts, dont une jeune femme qui a perdu trois membres de sa famille. Les habitants pointent du doigt une responsabilité étatique qu’ils jugent accablante, rappelant que les alertes n’ont jamais été suivies d’actes concrets.
Les secouristes, eux, poursuivent leur travail dangereux, contraints de ménager la masse instable. Les disparus restent nombreux, et le bilan pourrait s’alourdir. Les autorités locales appellent à la prudence, mais l’émotion dépasse les consignes officielles. Ce drame, survenu à quelques jours de la fin du mois d’août, ravive le souvenir des catastrophes passées et met une fois de plus en lumière l’urgence d’une politique urbaine qui ne se contente pas de promesses, mais qui protège réellement les populations les plus exposées.



