Fatima Aliko-Dangote, directrice exécutive du groupe pour les opérations commerciales au sein de Dangote Industries, a annoncé l’extension du programme de livraison gratuite de carburants de la raffinerie Dangote à dix localités, contre six initialement. Kano, Imo, Anambra et Nasarawa rejoignent ainsi Lagos, Ogun, Rivers, Kaduna, Delta et le territoire de la capitale fédérale, Abuja. L’objectif affiché est de réduire les coûts de distribution pour permettre des prix à la pompe plus compétitifs, sans que le groupe ne s’engage pour l’instant sur un nouveau tarif national.
Concrètement, la raffinerie prend désormais à sa charge les frais d’acheminement des produits pétroliers jusqu’aux points de vente des opérateurs partenaires. Cette mesure vise à supprimer l’un des postes de coûts les plus lourds dans la chaîne : le transport, qui inclut l’assurance, l’entretien des véhicules, les salaires des conducteurs et les risques liés aux routes. Selon la direction, cette logistique allégée doit permettre aux détaillants de répercuter les économies réalisées sur le prix final, même si aucune baisse concrète n’a encore été annoncée. Le porte-parole de l’Association des marketeurs indépendants, Chinedu Ukadike, souligne également que ce dispositif libérera des capitaux bloqués, améliorant la trésorerie des opérateurs et réduisant les délais d’attente pour les chargements.
Cette annonce s’inscrit dans la stratégie plus large de Dangote Industries pour renforcer son emprise sur l’ensemble de la filière pétrolière nigériane, depuis la production jusqu’à la distribution. La raffinerie, d’une capacité nominale de 650 000 barils par jour – et ayant atteint 700 000 barils lors d’un test en juin 2026 – est au cœur des ambitions du groupe de réduire la dépendance du Nigeria aux importations. Déjà, l’entreprise a déployé des milliers de camions roulant au gaz naturel comprimé en 2025 pour livrer essence et gazole directement aux stations-service, aux industriels et aux grands consommateurs. Ce contrôle accru de la logistique répond aussi à une pression politique et sociale constante sur les prix des carburants, dans un pays où la moindre hausse provoque des tensions vives.
Reste à savoir si cette extension géographique – notamment vers des États comme Kano ou Imo, éloignés du site de Lagos – se traduira effectivement par des baisses de prix significatives pour les automobilistes. Rien n’est moins sûr, car le prix de vente final dépend aussi du cours départ raffinerie, du taux de change, des coûts de financement et des marges appliquées par les distributeurs. La raffinerie n’a pas précisé si les conditions commerciales évoluaient, ni si les facilités de crédit à dix jours pour les achats de 250 000 litres restaient en vigueur. La transparence sur ces éléments sera déterminante pour évaluer l’impact réel de cette initiative sur le pouvoir d’achat des Nigérians.
L’initiative de Fatima Aliko-Dangote, qui occupe une position clé au sein du groupe, marque une étape dans la professionnalisation et la verticalisation des opérations de la raffinerie. En absorbant les coûts de transport, elle espère non seulement fidéliser les revendeurs, mais aussi préparer le terrain à une expansion commerciale plus agressive sur le continent, alors que la raffinerie exporte déjà essence, diesel et carburant aviation vers plusieurs pays africains. Toutefois, les observateurs attendent de voir si ce modèle logistique, coûteux pour l’entreprise, pourra être soutenu à long terme sans affecter ses propres marges, ni créer des distorsions concurrentielles au détriment des petits opérateurs.
Enfin, ce déploiement vers dix localités constitue un test grandeur nature pour la capacité de Dangote à uniformiser l’accès aux carburants sur l’ensemble du territoire nigérian. Si les prix baissent effectivement dans les États concernés, la pression s’accroîtra sur les autres distributeurs et sur les autorités pour étendre le dispositif. À l’inverse, une absence de répercussion tarifaire pourrait nourrir le scepticisme quant à la sincérité des engagements du groupe. Quoi qu’il en soit, cette annonce replace la question de la logistique et de l’efficacité des chaînes d’approvisionnement au cœur des débats sur la souveraineté énergétique du Nigeria.



