Le procureur général Eddy Narcisse Minang, figure centrale du retentissant procès contre l’épouse et le fils de l’ancien président Ali Bongo, a été révoqué de la magistrature par le Conseil supérieur de la magistrature gabonaise, le 25 août. Dans la même session, le procureur de la République Bruno Obiang Mve a écopé d’une suspension de douze mois avec retenue sur salaire. Ces sanctions, inédites par leur sévérité, marquent un tournant dans l’histoire judiciaire du pays.
La révocation d’Eddy Narcisse Minang intervient après une suspension de deux mois prononcée par le ministre de la Justice, pour des faits présumés de malversations financières et d’ingérences dans le cours de la justice. Magistrat hors hiérarchie formé en France, il avait pourtant incarné la rigueur du parquet lors du procès fleuve des Bongo, en novembre dernier. Mais son éloignement progressif du pouvoir et les accusations portées contre lui ont scellé son sort. Le procureur de la République, Bruno Obiang Mve, subit quant à lui une sanction lourde, bien que temporaire, qui fragilise encore davantage l’image d’une institution déjà sous pression.
Ces décisions s’inscrivent dans un contexte politique et judiciaire sensible, un an après la chute du régime Bongo et l’arrivée des militaires au pouvoir. La nouvelle transition a promis une refonte de l’État de droit, mais les purges au sein de l’appareil judiciaire suscitent des interrogations sur l’indépendance réelle de la justice. Le procès des Bongo, suivi de près par l’opinion publique, avait été perçu comme un test de crédibilité pour les nouvelles autorités. La révocation de son procureur général, si rapidement après ce procès, apparaît comme un signal fort, mais aussi comme un possible règlement de comptes déguisé.
L’ancien procureur général dispose d’un délai de quinze jours pour former un recours devant le Conseil d’État, ce qui pourrait ouvrir une bataille juridique inédite. En cas d’échec, sa carrière de magistrat s’achèvera définitivement, tandis que la suspension de son collègue laisse planer une incertitude sur la continuité des affaires en cours. À plus long terme, ces sanctions risquent de renforcer la méfiance des avocats et des observateurs internationaux envers une justice que l’on voulait rénovée, mais qui semble encore tributaire des luttes d’influence internes.
Huit autres magistrats ont comparu lors de ce conseil de discipline, mais n’ont écopé que de sanctions mineures, ce qui souligne la ciblage des deux hauts procureurs. Selon une source proche du dossier, la procédure disciplinaire a été menée avec une célérité inhabituelle, renforçant l’impression d’une décision politique davantage que technique. Pour les observateurs locaux, cette double sanction est une première dans l’histoire judiciaire gabonaise, mais elle pourrait aussi préluder à une réforme plus large des poursuites pénales, si la transition parvient à imposer une ligne claire.
Du côté de la défense des Bongo, cette révocation est accueillie avec un certain soulagement, car elle discrédite rétroactivement l’accusation portée lors du procès. À l’inverse, les associations de lutte contre la corruption y voient un recul inquiétant pour la lutte contre l’impunité. Reste que l’appel possible devant le Conseil d’État pourrait révéler des zones d’ombre sur le fondement réel des accusations, et peut-être rétablir, partiellement, la crédibilité d’une institution malmenée. En attendant, la justice gabonaise entre dans une zone de turbulences dont elle peinera à sortir indemne.



