Le capitaine Roger Gabriel, officier du 1er bataillon parachutiste de Niamey, a livré mardi un témoignage accablant sur les affrontements survenus dans la nuit du 28 au 29 août à la base aérienne 101. Selon lui, des contacts avec des officiers tchadiens et des informations sur des projets d’intervention extérieure impliquant le Tchad, le Bénin, la Côte d’Ivoire et la France auraient précédé les violences. Ces déclarations, diffusées par la Radio Télévision du Niger, n’ont pour l’heure reçu aucune confirmation officielle, mais elles jettent une lumière crue sur les fragilités régionales.
L’officier nigérien affirme avoir été réveillé par les tirs avant de recevoir l’ordre de sécuriser le camp Bagagi, puis le deuxième pont. Il raconte avoir été sollicité par plusieurs officiers du BSR-COS pour renforcer leurs éléments engagés à la base 101, mais que son unité a refusé d’intervenir après avoir compris qu’il s’agissait d’un affrontement avec la Garde présidentielle. Plus troublant, il évoque un appel matinal d’un colonel tchadien, Hassan Adoum, qui lui aurait annoncé qu’une intervention depuis le Tchad, « pilotée par leurs autorités et les forces spéciales françaises », était en préparation pour soutenir les assaillants. Il mentionne aussi des messages en provenance de France, de Dubaï et de Belgique, ainsi que des informations sur un possible appui du Bénin et de la Côte d’Ivoire, avec le concours des forces spéciales françaises présentes dans ces pays.
Depuis le coup d’État de juillet 2023, le Niger a rompu ses accords de défense avec la France et s’est rapproché du Mali et du Burkina Faso au sein de la Confédération des États du Sahel (AES). Les relations avec le Tchad, pays voisin et allié historique de Paris, restent ambivalentes. Par ailleurs, le Bénin et la Côte d’Ivoire, perçus comme des bastions francophiles, sont régulièrement pointés du doigt par les régimes militaires sahéliens pour leur supposée complaisance envers les anciennes puissances coloniales. Dans ce jeu d’accusations croisées, la tentative de déstabilisation du 28 août est exploitée par Niamey pour consolider son récit sécuritaire et légitimer la répression interne.
Sur sa page Facebook, il a publié un verset coranique, sans mentionner ni le Niger ni le capitaine Gabriel : « Et ne mêlez pas le faux à la vérité. Ne cachez pas sciemment la vérité. » Une réponse sibylline, qui laisse planer le doute sur la position officielle de N’Djaména. Aucun communiqué n’est venu étayer ou infirmer les propos de l’officier nigérien. Les autorités béninoises, ivoiriennes et françaises sont également restées silencieuses à ce stade, ce qui alimente les spéculations tout en compliquant toute vérification indépendante.
Leurs obsèques officielles sont prévues lundi à la base 101, en présence des autorités militaires. La tentative de déstabilisation a été fermement condamnée par le régime nigérien, qui y voit une main étrangère. Mais au-delà des accusations, c’est la crédibilité des institutions sahéliennes qui est en jeu. Les rivalités entre États voisins, les suspicions réciproques et les ingérences présumées fragilisent une région déjà minée par le terrorisme et les coups d’État.
Ce témoignage, aussi controversé soit-il, révèle surtout l’extrême porosité des frontières politiques et militaires au Sahel. Les officiers nigériens se méfient de leurs homologues tchadiens, les services de sécurité béninois sont regardés avec suspicion, et la présence française, bien que officiellement réduite, reste un fantasme ou un bouc émissaire commode. Dans ce climat de défiance généralisée, chaque information non vérifiée devient une arme de déstabilisation. Le silence des autorités tchadiennes, loin d’apaiser les tensions, renforce le sentiment d’une impunité régionale où les responsabilités ne seront jamais clairement établies.



