Le 27 octobre, plus de sept millions d’Israéliens sont appelés aux urnes pour des élections législatives cruciales. Le scrutin est largement perçu comme un référendum pour ou contre Benyamin Netanyahu, Premier ministre sortant et figure politique la plus controversée du pays.
À 77 ans, Netanyahu a axé sa campagne sur son bilan sécuritaire. Après l’attaque du 7 octobre 2023, il a lancé une guerre multi-fronts qui dure depuis trois ans, à Gaza, au Liban, en Syrie et en Iran. Il revendique des succès militaires et répète avoir « changé le Moyen-Orient ». Mais ces victoires sur le terrain ne se sont pas traduites en succès stratégiques. L’opinion lui reproche de ne pas avoir tenu sa promesse de « victoire totale » sur le Hamas et le Hezbollah, et d’avoir été écarté par Washington des négociations avec l’Iran. Il a aussi intensifié la colonisation en Cisjordanie occupée.
Son parti, le Likoud, gouverne depuis 2009 presque sans interruption. Netanyahu a réussi à maintenir sa coalition pendant quatre ans, un record national. Mais l’image de « Monsieur Sécurité » s’est fissurée après le 7-Octobre : de nombreux Israéliens le jugent en partie responsable des défaillances qui ont permis l’attaque. Il refuse toute commission d’enquête indépendante. Sur le plan judiciaire, il est inculpé depuis 2020 pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires ; son procès dure toujours. La Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre lui pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il est également sous pression dans le Qatargate, certains de ses collaborateurs ayant entretenu des liens financiers avec Doha.
Selon les sondages, une majorité d’Israéliens souhaite son départ. Mais Netanyahu conserve une forte popularité chez les partisans du Likoud et n’a pas besoin d’une victoire écrasante pour gouverner : il a souvent renversé la tendance au dernier moment. Son principal adversaire est Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée. Au-delà de la personnalité du Premier ministre, c’est l’identité même d’Israël comme démocratie qui est en jeu, disent certains. Sa réforme judiciaire de 2023 avait mobilisé des centaines de milliers de manifestants pour défendre l’État de droit. Le scrutin du 27 octobre pourrait redessiner durablement l’équilibre politique du pays.
Sur la scène internationale, Netanyahu est de plus en plus isolé. La salle de l’Assemblée générale de l’ONU se vide lorsqu’il monte à la tribune. Il pourfend les institutions internationales, qu’il accuse de dénigrer Israël, notamment depuis la reconnaissance de l’État palestinien par plusieurs pays en 2025. Il joue la carte américaine, entretenant une relation particulière avec Donald Trump, qui lui apporte aujourd’hui son « soutien plein et entier » après l’avoir traité de « putain de cinglé ». Ce soutien reste toutefois fragile.
Né à Tel-Aviv en 1949 dans une famille d’idéologues de droite, Netanyahu a été chef du gouvernement de 1996 à 1999, puis de 2009 à 2021, avant d’entamer son troisième mandat en 2022. Son père fut l’assistant de Zeev Jabotinsky, théoricien du « Grand Israël », notion à laquelle il a affirmé adhérer « tout à fait » en 2025. La mort de son frère Yoni à Entebbe en 1976 l’a profondément marqué. Il dirige aujourd’hui le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël, allié aux ultra-orthodoxes et à l’extrême droite nationaliste-religieuse, une orientation qui divise profondément la société après trois années de conflit.



