À l’occasion du deuxième Sommet des partis politiques africains à Addis-Abeba, le président de la Commission de l’UA a appelé les États membres à inscrire le pluralisme politique au cœur de leurs systèmes de gouvernance. Un discours qui mêle exigence démocratique et impératif de développement.
Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a exhorté vendredi les États membres à intégrer le pluralisme politique dans leurs systèmes de gouvernance. S’exprimant lors du deuxième Sommet des partis politiques africains, qui se tient à Addis-Abeba, il a fait de la qualité du leadership politique un facteur déterminant pour l’avenir du continent. L’appel se veut direct : les gouvernements sont invités à promouvoir le pluralisme, à honorer leurs engagements et à respecter leurs obligations en matière de reddition de comptes.
M. Youssouf a placé les partis politiques au centre de la réalisation de l’Agenda 2063 de l’UA. Il a cité la promotion de la gouvernance démocratique, le respect de l’ordre constitutionnel, la responsabilité, le pluralisme politique et une compétition politique pacifique comme autant de leviers que les formations doivent activer. Le président de la Commission a également plaidé pour davantage de transparence et de responsabilité en leur sein, en insistant sur la nécessité de renforcer la participation effective des femmes et des jeunes aux instances dirigeantes et aux processus décisionnels.
Cet appel s’inscrit dans un contexte africain contrasté. Les coups d’État et les manipulations constitutionnelles ont fragilisé la confiance dans les institutions démocratiques, tandis que l’Agenda 2063, adopté en 2015, peine à se traduire dans les faits. Le sommet d’Addis-Abeba intervient par ailleurs après la première édition d’Accra, dont les engagements attendent encore d’être convertis en actions. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en 2021, reste elle aussi confrontée à un déficit de mise en œuvre, ce qui rend d’autant plus pressante la demande de consensus autour des priorités de développement.
L’avenir dépendra de la capacité des partis à transformer les déclarations en résultats. M. Youssouf a appelé les participants à traduire en actions concrètes les engagements pris à Accra, en veillant à définir clairement les responsabilités et à assurer un suivi rigoureux. Il a aussi insisté sur l’importance de dégager un consensus autour des priorités de développement, notamment l’éducation, l’emploi, les infrastructures, l’intégration régionale et la mise en œuvre effective de la ZLECAf. Sans mécanismes de suivi crédibles, le risque est celui d’un sommet de plus.
Rappelant que cette année marque le 20e anniversaire de l’adoption de la Charte africaine de la jeunesse, M. Youssouf a estimé qu’il était impératif d’offrir aux jeunes Africains de véritables possibilités de contribuer aux programmes des partis politiques, de se porter candidats aux élections et de participer aux processus décisionnels. L’enjeu est double : la jeunesse constitue la majorité démographique du continent, mais reste largement absente des instances de décision. Le sommet d’Addis-Abeba sera jugé à l’aune de ce critère autant qu’à celui du pluralisme.
La charge portée par Mahmoud Ali Youssouf dépasse le seul cadre des partis. Elle interroge la crédibilité de l’UA elle-même, dont les États membres signent des chartes sans toujours les appliquer. Le pluralisme politique, la reddition de comptes et la participation des femmes et des jeunes ne sont pas des innovations : ce sont des engagements déjà souscrits. Le deuxième Sommet des partis politiques africains a donc valeur de test. La question n’est plus de savoir ce que l’Afrique doit faire, mais si ses dirigeants politiques acceptent enfin de rendre des comptes.



