La Haute Cour de Dar es Salaam a condamné vendredi le principal opposant tanzanien, Tundu Lissu, à quatre ans de prison pour incitation à la violence. Une décision qui jette une lumière crue sur le rétrécissement de l’espace politique dans ce pays d’Afrique de l’Est.
La Haute Cour de Dar es Salaam a condamné vendredi Tundu Lissu, président du Chadema, le principal parti d’opposition tanzanien, à quatre ans de prison pour incitation à la violence. Le dirigeant de 58 ans, qui assurait lui-même sa défense, a été reconnu coupable par un collège de trois juges pour des propos tenus lors d’une campagne en faveur d’une réforme du système électoral. Il a rejeté les accusations, dénonçant des poursuites à caractère politique.
L’accusation reprochait à Tundu Lissu d’avoir encouragé ses partisans à perturber les élections générales de 2025. Son arrestation est intervenue six mois avant le scrutin d’octobre, peu après le lancement d’une campagne réclamant une réforme électorale sous le slogan « Pas de réformes, pas d’élections ». Le parquet a soutenu que ses déclarations visaient à déstabiliser le gouvernement, des actes qu’il a assimilés à une tentative de trahison. L’avocat de profession a affirmé que ses propos avaient été sortis de leur contexte et qu’il n’avait commis aucune infraction, appelant les juges à porter « ce lourd fardeau historique sans parti pris ».
Cette condamnation s’inscrit dans un climat de plus en plus tendu en Tanzanie. La présidente Samia Suluhu Hassan a remporté l’élection présidentielle avec 98 % des voix, après l’exclusion de ses deux principaux rivaux, dont Tundu Lissu. L’opposition a qualifié le scrutin de « parodie » de démocratie. Une commission gouvernementale a fait état d’au moins 518 morts lors des violences post-électorales, imputant la responsabilité aux manifestants, tandis que les organisations de défense des droits humains affirment que les autorités ont tué des milliers de personnes. Ce verdict prolonge une trajectoire de répression qui, depuis plusieurs années, étouffe progressivement la contestation politique dans le pays.
La condamnation de Tundu Lissu pose la question de la survie du Chadema comme force politique structurée. Privé de son dirigeant charismatique, le parti pourrait être tenté de se replier sur une stratégie de confrontation ou, à l’inverse, de négocier une forme de normalisation avec le pouvoir. Pour la présidente Samia Suluhu Hassan, ce verdict envoie un signal de fermeté à une opposition qu’elle avait pourtant semblé vouloir ménager à son arrivée au pouvoir en 2021. Mais il risque aussi d’accentuer l’isolement international de la Tanzanie, au moment où le pays cherche à consolider sa position de hub économique et diplomatique en Afrique de l’Est.
Le procès a suscité des critiques de parlementaires britanniques et européens, qui ont dénoncé une procédure à caractère politique et réclamé la libération immédiate de l’opposant. Dans une lettre adressée à la présidente Samia Suluhu Hassan, ils ont notamment averti que « l’utilisation de la peine capitale contre un opposant politique risque de transformer le système judiciaire en un instrument de répression politique ». Un dispositif de sécurité renforcé a été déployé à Dar es Salaam et aux abords du tribunal en prévision du verdict, tandis que des partisans de Tundu Lissu s’étaient rassemblés pour assister à l’audience, signe que l’opposant conserve une base de soutien mobilisée malgré la répression.
Au-delà du cas tanzanien, cette condamnation illustre une tendance plus large sur le continent : la judiciarisation croissante de la vie politique comme outil de neutralisation des opposants. Plusieurs capitales africaines ont, ces dernières années, utilisé l’appareil judiciaire pour écarter des rivaux gênants, au risque d’éroder la confiance des citoyens dans leurs institutions. Pour Tundu Lissu, qui a survécu à une tentative d’assassinat en 2017 et vit depuis lors sous protection rapprochée, ce verdict pourrait faire de lui un symbole de la résistance démocratique en Afrique de l’Est, à condition que son parti et la société civile tanzanienne parviennent à maintenir la pression dans un espace public de plus en plus contraint.



