Moins de trois semaines après la visite du président béninois Romuald Wadagni à Niamey, le processus de réconciliation entre le Niger et le Bénin franchit un cap concret avec l’arrivée, vendredi à Cotonou, du ministre d’État nigérien de l’Intérieur, le général de division Mohamed Toumba. À la tête d’une délégation comprenant les membres du comité national chargé de la question frontalière, ce responsable de premier plan vient examiner avec les autorités béninoises les modalités de réouverture de la frontière commune, fermée depuis près de trois ans, et les perspectives de relance de la coopération bilatérale. Ce déplacement, le plus significatif depuis le début du rapprochement, illustre une volonté politique assumée des deux capitales de tourner la page des tensions postérieures au coup d’État de juillet 2023.
Les discussions engagées à Cotonou portent sur des sujets opérationnels précis, au premier rang desquels les conditions techniques et sécuritaires d’une réouverture de la frontière terrestre, axe vital pour les échanges commerciaux et la mobilité des populations. Le général Toumba et ses interlocuteurs béninois doivent également aborder la relance de la commission mixte de coopération nigéro-béninoise, instrument clé de la coordination économique entre les deux pays. Cette visite fait suite à la publication, le 16 juin, d’un communiqué conjoint saluant des « résultats fructueux » obtenus par le comité d’experts mis en place après la rencontre de Niamey du 2 juin. Les conclusions de ce groupe ont déjà été transmises aux autorités nationales et doivent être consolidées avant la présentation d’un rapport commun aux présidents Romuald Wadagni et Abdourahamane Tiani.
Ce rapprochement intervient après une période de fortes turbulences diplomatiques. À la suite du renversement du président Mohamed Bazoum par le général Tiani en juillet 2023, le Bénin, aligné sur les positions de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), avait durci sa posture face à Niamey, allant jusqu’à fermer sa frontière nord en application des sanctions régionales. Les relations se sont enlisées dans une méfiance mutuelle, aggravée par des accusations récurrentes d’ingérences et de soutien à des groupes armés. La levée progressive des sanctions par la Cédéao en février 2024 a toutefois ouvert un espace de dialogue, que les deux capitales ont choisi de saisir à partir de juin, en dépit des réticences persistantes dans certains cercles politiques et militaires des deux côtés.
Au-delà de la question frontalière, les échanges entre le général Toumba et les autorités béninoises dessinent les contours d’une coopération élargie, incluant un volet sécuritaire devenu central. Les deux gouvernements ont réaffirmé leur engagement à unir leurs efforts contre le terrorisme et le banditisme, qui affectent particulièrement les zones frontalières du nord du Bénin et du sud-ouest du Niger. La visite de Cotonou prépare également le terrain pour une visite de réciprocité du général Tiani au Bénin, déjà convenue en principe mais dont les modalités restent à définir par la voie diplomatique. Cette perspective, si elle se concrétise, marquerait un tournant symbolique majeur, consacrant la normalisation à un niveau politique suprême.
Les observateurs de la sous-région voient dans ce processus une illustration de la capacité des États ouest-africains à gérer leurs contentieux en dehors des cadres multilatéraux, même lorsque les tensions sont vives. Toutefois, plusieurs questions demeurent en suspens, notamment le sort des avoirs nigériens bloqués au Bénin et les modalités concrètes du rétablissement des flux commerciaux, qui représentaient avant la crise des milliers de tonnes de marchandises transitant chaque mois par le port de Cotonou. Par ailleurs, si le rapprochement bilatéral progresse, il intervient dans un contexte régional fragilisé par la défection du Niger, du Mali et du Burkina Faso de la Cédéao et leur rapprochement au sein de l’Alliance des États du Sahel, ce qui pourrait compliquer la coordination à plus grande échelle.
La visite du général Mohamed Toumba à Cotonou constitue l’un des développements les plus concrets depuis le début du dégel entre Niamey et Cotonou. Elle traduit une dynamique portée par des intérêts pragmatiques – sécuritaires, économiques et diplomatiques – qui semblent désormais l’emporter sur les rancœurs politiques. Pour autant, la route vers une normalisation complète reste jalonnée d’obstacles, qu’il s’agisse des contentieux accumulés, des sensibilités internes dans chaque pays ou des pressions extérieures. La crédibilité du processus dépendra de la capacité des deux États à transformer ces déclarations d’intention en actes mesurables, à commencer par la réouverture effective de la frontière et la reprise des échanges commerciaux. Les prochaines semaines diront si cette nouvelle étape est celle du véritable retour à la confiance ou simplement une accalmie avant de nouvelles turbulences.



