La 15e édition du Salon de l’action gouvernementale (SAGO) a ouvert ses portes lundi à Yaoundé, sous le thème sans ambiguïté « Partenariat État‑secteur privé : levier d’un Cameroun émergent ». Placée sous la présidence du ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, cette rencontre de six jours entend faire du privé un rouage central de la machine étatique. Derrière le vernis des expositions et des tables rondes, c’est un changement de logiciel que le gouvernement cherche à afficher : l’argent public ne suffit plus, il faut désormais ouvrir en grand les vannes aux entreprises, aux investisseurs et aux PME.
Près de deux cents exposants et partenaires occupent l’esplanade de l’hôtel de ville, avec un objectif affiché de 200 000 visiteurs. Administrations, collectivités territoriales et entreprises privées y déroulent leurs réalisations et leurs projets. Le programme alterne ateliers professionnels, tables rondes et échanges directs avec les citoyens. Mais le message officiel est clair : montrer que l’État n’entend plus agir seul. Le promoteur du salon, Patrice Assiga Eyene, le répète sans détour : cette orientation traduit une volonté politique d’accélérer la transformation économique en associant systématiquement le secteur privé à la décision et à l’exécution.
Ce virage ne tombe pas du ciel. Le Cameroun subit depuis des années les effets d’un modèle de croissance piloté par la dépense publique, lourdement endetté et trop peu créateur d’emplois privés. Les infrastructures se multiplient, mais les PME locales peinent à décoller, la bureaucratie étrangle les investisseurs, et le secteur informel reste le premier employeur du pays. Dans ce marasme, le partenariat public‑privé n’est pas une simple formule de communication : c’est une condition posée par les bailleurs de fonds internationaux et par une partie croissante de la diaspora économique. Le SAGO 2025 agit donc comme une vitrine, mais aussi comme un test de crédibilité pour un gouvernement accusé de trop contrôler ce qu’il dit vouloir libérer.
À court terme, l’enjeu est quantitatif : attirer les visiteurs, signer des lettres d’intention, afficher des chiffres flatteurs. Mais les véritables perspectives se joueront après la clôture. La transformation d’un État traditionnellement dirigiste en un partenaire fiable pour le privé suppose des réformes douloureuses : simplification des codes des investissements, lutte contre la corruption dans les marchés publics, sécurisation des contrats. Sans ces avancées, le thème du SAGO restera une coquille vide. À moyen terme, c’est la capacité à intégrer les PME et les start‑ups locales dans les grands projets d’infrastructure qui déterminera si ce « levier » produit réellement un Cameroun émergent ou si l’on assiste simplement à un énième show gouvernemental.
Le SAGO ne se limite pas aux discours officiels. Trois pôles attirent l’attention des observateurs avertis. Le « village des dix régions » expose les potentialités économiques locales, de l’agriculture au tourisme, souvent ignorées par les politiques centralisées. Le « carrefour des métiers » tente de répondre à l’urgence de l’emploi des jeunes, un sujet explosif dans un pays où plus de la moitié des moins de 35 ans sont sans travail formel. Enfin, le « village de la consommation » promeut les produits locaux, un pied de nez discret à la domination des biens importés. Ces dispositifs montrent que le gouvernement a compris une chose : sans ancrage territorial et sans inclusion des générations montantes, aucun partenariat public‑privé ne tiendra la route.
Reste une ombre au tableau. Aucune annonce majeure sur la refonte du cadre juridique des PPP n’a précédé l’ouverture du salon. Les entrepreneurs présents confient en coulisses leur lassitude : trop d’études, trop de comités, trop peu de décisions exécutées. La CRTV, média public, relaie docilement les déclarations officielles, mais la société civile camerounaise, elle, observe avec méfiance. Pour beaucoup, l’État reste un partenaire imprévisible, changeant les règles en cours de route. Si le SAGO 2025 n’accouche pas de réformes concrètes dans les six mois, le thème de l’émergence par le privé deviendra une formule usée, aussi vide que les précédentes promesses non tenues. Le gouvernement le sait. Les investisseurs aussi. Le compte à rebours a commencé.



