À deux mois du coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des Nations féminine 2026 au Maroc, la sélection camerounaise, repêchée in extremis, navigue en pleine zone de turbulence. L’absence totale de staff technique et l’inexistence d’un programme de préparation jettent une ombre inquiétante sur la participation des Lionnes Indomptables et hypothèquent d’emblée leurs ambitions.
La situation est d’un chaos rare à ce niveau. Le poste de sélectionneur, vacant depuis le limogeage de Jean-Baptiste Bissek suite à l’échec de la qualification initiale, n’a toujours pas été pourvu. Aucun calendrier de matchs amicaux ou de stage n’a été rendu public. Cette carence est aggravée par le calendrier local, le championnat national féminin ne débutant que le 8 février, ce qui prive un éventuel technicien de la possibilité d’observer et de sélectionner les joueuses évoluant au pays dans des conditions compétitives.
Ce désordre contraste brutalement avec le statut historique des Lionnes. Pendant près d’une décennie, elles ont formé, avec le Nigeria et parfois l’Afrique du Sud, le trio de tête du football féminin africain, étant finalistes à plusieurs reprises et participantes régulières à la Coupe du monde. Leur absence lors de la CAN 2024 avait sonné comme un coup de semonce. Leur qualification pour l’édition 2026 n’est due qu’à l’élargissement du format à seize équipes, un sauvetage qui, loin de relancer la machine, expose aujourd’hui un immobilisme profond de la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT).
Les perspectives à très court terme sont alarmantes. Même en cas de nomination rapide d’un staff, le temps manquera cruellement pour bâtir une équipe soudée et préparée tactiquement. L’objectif officiel de remporter un premier titre continental, déjà ambitieux au regard de la dynamique des nations leaders, apparaît totalement irréaliste. Le risque est désormais de voir le Cameroun, autrefiellement craint, faire figure de simple figurante dans un tournoi où la densité physique et tactique n’a cessé de croître. Cette situation pourrait avoir des conséquences durables sur le recrutement et le moral d’une génération de joueuses.
Les observateurs avertis du football local tirent la sonnette d’alarme. Casimir Mangue, ancien entraîneur du Canon de Yaoundé, pointe une dépendance problématique envers les joueuses évoluant à l’étranger, faute de structure pour travailler avec le vivier local. “Le futur staff va s’appuyer sur les filles qui sont à l’extérieur, qui font des championnats professionnels”, constate-t-il, une solution de fortune qui ne résout en rien les carences organisationnelles de la FECAFOOT.
L’ancienne capitaine Bernadette Anong, voix respectée, insiste sur le lien direct entre préparation et performance. “Le football féminin, comme masculin, dépend de la préparation d’avant compétition. C’est cette préparation qui va déterminer l’ampleur ou l’intensité que l’équipe peut mettre durant la compétition.” Si elle appelle à un sursaut, son optimisme semble davantage reposer sur un devoir que sur une analyse concrète de la situation présente. Le constat est implacable : après plusieurs années de déclin, le Cameroun s’apprête à aborder un tournoi continental crucial dans les pires conditions possibles, transformant un repêchage en opportunité gâchée et en révélateur d’une gestion en crise.



