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BEAC

Cemac : la BEAC hausse le ton face aux pétroliers sur le rapatriement des devises

Vanessa Ndong 02 May 2026 CEMAC, Économie, Finance, Politique 804 Lectures

Six ans de négociations sans résultat. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a décidé de changer de méthode. Son gouverneur a signé le 23 avril une instruction qui oblige les sociétés pétrolières et minières à relever le niveau de rapatriement de leurs recettes d’exportation. La pression monte aussi sur les États de la Cemac, sommés d’assumer leurs responsabilités dans ce dossier devenu stratégique.

Concrètement, la BEAC exige désormais qu’une proportion plus élevée des devises issues de l’exploitation du pétrole et des mines soit rapatriée dans ses coffres, et non laissée à l’étranger. L’objectif est limpide : gonfler les réserves de change de la zone, aujourd’hui sous pression. L’instruction ne fixe pas un taux unique mais un relèvement graduel, adapté à chaque secteur. Les entreprises concernées, qui ont longtemps joué la montre, n’ont plus la main. La Banque centrale passe de la persuasion à l’injonction.

La Cemac traverse une crise chronique de ses réserves de change, fragilisées par la faiblesse des cours des matières premières et une gestion parfois opaque des recettes d’exportation. Depuis près d’une décennie, les pétroliers et les minières, pour des raisons fiscales ou de liquidités, préfèrent conserver leurs devises hors de la zone. Les États, à quelques exceptions près, ont fermé les yeux. Résultat : la BEAC se retrouve avec des marges de manœuvre réduites pour garantir la convertibilité du franc CFA et stabiliser l’économie régionale.

Désormais, le bras de fer entre dans une phase décisive. Si les États appliquent l’instruction avec fermeté, les réserves de change pourraient bondir dans les douze à dix-huit mois, redonnant de l’air à la BEAC. Mais le risque de contournement est réel : les entreprises pourraient réorienter leurs flux via des places financières moins contrôlées, ou faire pression sur les capitales pour obtenir des dérogations. La crédibilité de l’institution monétaire se jouera dans la rigueur des sanctions et la coopération réelle des gouvernements.

Les six années de discussions infructueuses ont laissé des traces. Selon plusieurs sources internes à la BEAC, les pétroliers ont systématiquement renvoyé la balle aux États, et les États à l’instabilité juridique. Un jeu de dupes qui a vidé les réserves. L’instruction du 23 avril est une rupture méthodologique : elle ne demande plus l’avis des opérateurs. Elle impose. Les experts estiment que cette fermeté répond aussi à une exigence du FMI, qui conditionne certains décaissements à l’assainissement de la politique de change.

Au delà de la technique bancaire, c’est la capacité des États d’Afrique centrale à contrôler leurs ressources qui est en jeu. Accepteront ils que des multinationales décident unilatéralement où placer les devises issues du sous sol ? La réponse de la BEAC est claire : non. Reste à savoir si les capitales, souvent dépendantes des revenus pétroliers, oseront tenir tête aux opérateurs. Le vérin économique de l’institution n’aura d’effet que si les gouvernements cessent d’être des spectateurs passifs. L’opinion publique régionale, elle, commence à s’interroger sur cette manne qui échappe au contrôle collectif.

beac CEMAC 2026-05-02
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