Le cinéaste camerounais Bassek Ba Kobhio, fondateur et figure tutélaire du festival Écrans noirs, est mort dans la nuit du lundi 11 au mardi 12 mai à Yaoundé, à l’âge de 69 ans. Annoncée par ses proches, sa disparition fait suite à une maladie dont la nature n’a pas été précisée. Elle plonge le milieu culturel africain dans la consternation.
Bassek Ba Kobhio n’était pas seulement un réalisateur reconnu. Il était l’architecte d’un des rendez-vous les plus influents du septième art sur le continent. Son premier long métrage, Sango Malo (1991), lui avait valu le Prix du public au Festival du cinéma africain de Milan, une reconnaissance précoce qui annonçait un parcours atypique. Viendront ensuite Le Grand Blanc de Lambaréné ou Le Silence de la forêt, œuvres moins médiatisées mais qui confirmaient son regard exigeant sur les récits postcoloniaux.
Créé en 1997 à Yaoundé, Écrans noirs est né à une époque où le cinéma africain manquait cruellement de vitrines structurées, en dehors des grands festivals internationaux. Loin des projecteurs européens, Bassek Ba Kobhio a choisi de construire un espace de formation et de diffusion sur place, au Cameroun, malgré des moyens limités et un soutien public erratique. Pendant plus de vingt ans, son festival a formé des générations de techniciens, d’acteurs et de scénaristes, devenant un maillon essentiel de l’industrie naissante en Afrique centrale.
La question de la pérennité se pose désormais avec une acuité brutale. Le réalisateur préparait avec enthousiasme la trentième édition d’Écrans noirs. Son directeur artistique, Narcisse Wandji, a déjà évoqué le devoir collectif de « faire exister ce festival au delà des générations », suggérant que la prochaine édition sera une « édition hommage ». Mais rien ne garantit qu’une manifestation fondée sur l’énergie d’un seul homme survive à sa disparition, sans relais clair ni financements stabilisés.
Sur les réseaux sociaux, les témoignages venus de Douala, Paris, Abidjan ou Johannesburg insistent moins sur le deuil que sur l’urgence. Beaucoup voient en Bassek Ba Kobhio un « bâtisseur culturel » au sens le plus concret du terme, un homme qui ne se contentait pas de projeter des films mais qui ouvrait des ateliers, négociait des salles, bataillait pour des visas d’artistes. Cette dimension artisanale et politique de son travail est peut être son legs le plus précieux.
Il n’aura pas connu l’ère des plateformes et la relative abondance de contenus africains sur Netflix ou Canal+. Son cinéma, lent, exigeant, souvent politique, appartenait à une génération qui croyait encore que l’image pouvait décoloniser les regards. En disparaissant à 69 ans, Bassek Ba Kobhio laisse une œuvre modeste en volume mais décisive par son ambition, et un festival qui devra, pour survivre, apprendre à se passer de son père.



